P E R S A NES.
34 5
Cependant il n’y a rien de si mal imaginé :la nature sembloit avoir sagement pourvu à ce queles sottises des hommes fussent passagères; et leslivres les immortalisent. Un sot devroit être con-tent d'avoir ennuyé tous ceux qui ont vécu aveclui: il veut encore tourmenter les races futures; ilveut que sa sottise triomphe de l’oubli dont il auroit f
pu jouir comme du tombeau ; il veut que la posté-rité: soit informée qu’il a vécu, et qu’elle sache àjamais qu’il a été un sot.
De tous les auteurs, il n’y en a point que jeméprise plus que les compilateurs, qui vont detous côtés chercher des lambeaux des ouvrages desautres, cpi’ils plaquent dans les leurs, comme despièces de gazon dans un parterre: ils ne sont pointau-dessus de ces ouvriers d’imprimerie qui rangentdes caractères qui, combinés ensemble, font tmlivre où ils n’ont fourni que la main. Je voudraisqu’on respectât les livres originaux; et il me sem-ble que c’est une espèce de profanation de tirerles pièces qui les composent du sanctuaire où ellessont, pour les exposer à un mépris quelles neméritent point.
Ouand un homme n’a rien à dire de nouveau,que ne se tait-il? Qu’a-t-on à faire de cesdoublesemplois? Mais je veux donner un nouvel ordre.
Vous êtes un habile homme ! Vous venez dans mabibliothèque, et vous mettez en bas les livres quisont en haut, et en haut ceux qui sont en bas:c’est un beau chef- d’oeuvre !
5 .
10