Band 
Tome cinquième.
Seite
162
JPEG-Download
 

i6a

LETTRE S

principes, il n’est pas possible que Dieu prévoieles choses qui dépendent de la détermination descauses libres, parce que ce qui n’est point arrivén’est point, et par conséquent ne peut être connu;car le rien, qui n’a point de propriétés, ne peutêtre apperçu. Dieu ne peut point lire dans unevolonté qui n’est point, et voir dans l'ame unechose qui n’existe point en elle; car, jusqu’à cequ’elle se soit déterminée, cette action qui la dé-termine n’est point en elle.

L’ame est l’ouvrière de sa détermination ; maisil y a des occasions où elle est tellement indéter-minée qu’elle ne sait pas même de quel côté sedéterminer. Souvent même elle ne le fait quepour faire usage de sa liberté ; de manière queDieu ne peut voir cette détermination par avance,ni dans l’action de lame, ni dans l’action que-lesobjets font sur elle.

Comment Dieu pourroit-il prévoir les chosesqui dépendent de la détermination des causes li-bres? il ne pourroit les voir que de deux manières:par conjecture, ce qui est contradictoire avec lapréscience infinie : ou bien il lesverroit comme deseffets nécessaires qui suivroient infailliblement d’unecause qui les produiroit de même, ce qui est en-core plus contradictoire ; car l’ame seroit libre parla supposition ; et, dans le fait, elle ne le seroitpas plus qu’une boule de billard n’est libre de seremuer lorsqu’elle est poussée par une autre.

Ne crois pas pourtant que je veuille borner lascience de Dieu. Comme il fait agir les créatures