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PERSANES. 107
Et 'Comment ne t’honorerois-je pas; moi quiai appris de nos docteurs que les dervis, mêmeinfidèles, ont toujours un caractère de saintetéqui les rend respectables aux vrais croyants, etque Dieu s’est choisi dans tous les coins de la terrédes âmes plus pures que le autres, qu’il a séparéesdu monde impie, afin que leurs mortifications etleurs prières ferventes suspendissent sa colère, prêtaà tomber sur tant de peuples rebelles?
Les chrétiens disent des merveilles de leurs pre-miers santons, qui se réfugièrent à milliers dans lesdéserts affreux de la Thébaïde, et eurent pourchefs Paul, Antoine, et Pacôme. Si ce qu’ils endisent est vrai, leurs vies sont aussi pleines deprodiges que celles de nos plus sacrés immaums.Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voirun seul homme: mais ils habitoient la nuit et lejour avec des démons: ils étoient sans cesse tour-mentés par ces esprits malins : ils les trouvoientau lit, ils les trouvoient à table; jamais d’asylecontre eux. Si tout ceci est vrai, santon véné-rable, il faudrait avouer que personne n’auroitjamais vécu en plus mauvaise compagnie.
Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoirescomme une allégorie bien naturelle qui peut servirà nous faire sentir le malheur de la condition hu-maine. En vain cherchons - nous dans le désert unétat tranquille, les tentations nous suivent tou-jours; nos passions, figurées par les démons, nenous quittent point encore; ces monstres du coeur,Ces illusions de l’esprit, ces vains fantômes de