PERSANES.
26x
Il n’en est pas de même des chrétiens, queleurs peines présentes désespèrent pour l’avenir.Ils ne voient dans les désagréments du mariageque leur durée, et, pour ainsi dire, leur éternité:de là viennent les dégoûts, les discordes, les mé-pris ; et c’est autant de perdu pour 1a. postérité.A peine a-t-on trois ans de mariage, qu’on ennéglige l’essentiel: on passe ensemble trente ansde froideur: il se forme des séparations intestinesaussi fortes, et peut-être plus pernicieuses, quesi elles étoient publiques : chacun vit et reste deson côté, et tout cela au préjudice des races fu-tures. Bientôt un homme, dégoûté d’une femmeéternelle, se livrera aux filles de joie; commercehonteux et si contraire à la société, lequel , sansremplir l’objet du mariage, n’en représente toutau plus que les plaisirs.
Si de deux personnes ainsi liées il y en a unequi n’est pas propre au dessein de la nature et à lapropagation de l’espèce, soit par son tempérament,soit par son âge, elle ensevelit l’autre avec elle , etla rend aussi inutile qu’elle l’est elle-même.
Il ne faut donc point s'étonner si l’on voit chezles chrétiens tant de mariages fournir un si petitnombre de citoyens. Le divorce est aboli; lesmariages mal assortis ne se raccommodent plus: lesfemmes ne passent plus, comme chez les Romains,successivement dans les mains de plusieurs maris,qui en tiroient dans le chemin le meilleur partiqu’il étoit possible.