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Tome cinquième.
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PERSANES.

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LETTRE CXLIV.

Usbek. a Rica.

Je trouvai , il y a quelques jours, dans unemaison de campagne où j’étois allé, deux savantsqui ont ici une grande célébrité. Leur caractèreme parut admirable. La conversation du premier,bien appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j’aidit est vrai, parce que je l’ai dit. La conversa-tion du second portoit sur autre chose : Ce queje n’ai pas dit n’est pas vrai, parce que je ne l’aipas dit.

J’aimois assez le premier: car qu’un hommesoit opiniâtre, cela ne me fait absolument rien;mais qu’il soit impertinent, cela me fait beaucoup.Le premier défend ses opinions; c’est son bien:le second attaque les opinions des autres; et c’estle bien de tout le monde.

O mon cher Usbek, que la vanité sert malceux qui en ont une dose plus forte que celle quiest nécessaire pour la conservation de la nature !Ces gens-là veulent être admirés à force de dé-plaire. Ils cherchent à être supérieurs; et ils nesont pas seulement égaux.

Hommes modestes, venez, que je vous em-brasse ! vous faites la douceur et le charme de lavie. Vous croyez que vous n’avez rien ; et moije vous dis que vous avez tout. Vous pensez quevous n’humiliez personne, et vous humiliez tout