141
LETTRES
LETTRE L X V I.
A MADAME LA DUCHESSE D’AIGUILLON.
J’ai reçu , madame, l’obligeante lettre que vousm’avez fait l’honneur de m’écrire dans le tempsque je quittois la Brède pour partir pour Paris.Je resterai pourtant sept ou huit jours à Bordeauxpour mettre en ordre un vieux procès que j’ai.Je pars donc , et vous pouvez être sûre que cen’est pas pour la Sorbonne que je pars, mais pourvous. Je quitte la Brède avec regret, d’autantmieux que tout le monde me mande que Parisest fort triste. Je reçus , il y a deux ou troisjours, une lettre assez originale : elle est d’unbourgeois de Paris qui me doit de l’argent, etqui me prie de l’attendre jusqu’au retour duparlement ; et je lui mande qu’il feroit bien deprendre un terme un peu plus fixe. C’est ungrand fléau que cette petite vérole: c’est une nou-velle mort à ajouter à celle à laquelle nous som-mes tous destinés. Les peintures riantes qu’Ho-mère fait de ceux qui meurent, de cette fleur quitombe sous la faux du moissonneur, ne peuventpas s’appliquer à cette mort-là.
J’aurois eu l’honneur de vous envoyer les cha-pitres que vous voulez bien me demander, si vousne m’aviez appris que vous netiez plus dans lelieu où vous voulez les faire voir: mais je vousles apporterai; vous les corrigerez, et vous me
direz,