DE L’ESPRIT DES LOIS. 947
qu’elle soit^ il est aisé de voir que dans ce livrede XEsprit des lois régnent la précision , la jus-tesse , un ordre merveilleux ; ordre peut - êtrecaché aux yeux de ceux qui ne sauroient mar-cher que de conséquence en conséquence, tou-jours guidés par des définitions, des divisions,des avant-propos, des distinctions, mais quiparoît dans tout son jour aux esprits attentifs,capables de suppléer d’eux-mêmes les conséquen-ces qui naissent des principes, et assez habilespour rapprocher et joindre dans la chaîne desvérités établies celles qui s’ensuivent, qui, auxyeux des connoisseurs, ne sont, pour ainsi dire,couvertes que d’un voile transparent.
Son style majestueux , plein de sens , maistoujours concis, fait aussi voir combien notreauteur a compté sur la méditation du lecteur.Les grandes beautés qui éclatent dans ses expres-sions, ne sauroient être mieux senties que parceux qui se sont familiarisés avec la lecture desanciens ; tant notre auteur sait conserver par-toutun certain air antique, dont le caractère étoit deréunir une force digne de la majesté du sujet,avec les grâces les plus naïves et les nuances lesplus délicates. Je n’exagère point, lorsque je disqu’en lisant Polybe, César et Tacite, après l’ou-vrage de notre auteur, il ne me paroît pas queje change de lecture. C’est ainsi qu’en nous pro-menant dans notre galerie royale .... parmi unefoule d’étrangers, on ne croit pas changer d’objet