DE t’ H O M M E. III
qu’un sourd & muet ayant tout-à-coup recouvré Tome& la parole , avoua qu’avant sa guérison , il n’avoird’idées ni de Dieu, ni de la morr.
Le roi de Prulíe, le prince Henri, Hume, Vol-taire , &c., n’ont pas plus d aine que Verrier, Lignac,Séguy, Gauchat, &c. Les premiers cependant fonten esprit aussi supérieurs aux seconds, que ces dernier*le font aux singes & aux autres animaux qu’on montreà la foire. Chaumeix, Caveirac(sl),&c.,ontíansdourepeu d’esprit ; & cependant l'on dira toujours deux,cela parle , cela écrit, & cela même a une ame. Or »si pour avoir peu d’esprit on n’en a pas moins damé,les idées n’en font donc pas partie : elles ne sont douepoint essentielles à son être. L’ame peut donc existerindépendamment de toutes idées Sc de tout esprit.
Rassemblons à la sin de ce chapitre les différencesles plus remarquables entre l’ame & l’esprit. La pre-mière, c’est qu’on naît avec toute son ame , & nonavec tout son esprit. La seconde, c’est qu’on peutperdre l’esprit de son vivant, & qu’on ne perd l’amequ’avec la vie. La troisième, c’est que la pensée n’estpas néceílàire à l'existence de l ame.
Telle étoit fans doute l’opinion des théologiens,lorsqu’i^s soutenoient, d’après Aristote , que c’étoitaux sens que l’ame devoit ses idées. Qu’on n’imagine
(a) Le nom de tous ces auteurs n’est connu en Alle-magne & dans toute l’Europe, que par les écrits de M. deVoltaire. Sans lui, leur existence seroit ignorée.