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Pourquoi ? c’est que l’amour de ma conservation, lacolère , le mouvement donné à mon sang , me ren-dent insenlibleau coup qui, dans tout autre moment,eût fixé toute mon attention. 11 est, au contraire , desmoxnens où j’ai la conscience des sensations les pluslégères ; c’est lorsque des passions, telles que la crainte,l’amour de la gloire, l’avarice , l’envie, &c., concen-trent tout notre esprit sur un objet. Suis-je conjuré ;il n est point de geste , de regard qui échappe à l’œilinquiet ôc soupçonneux de mes complices. Suis - jepeintre ; tout effet singulier de lumière me frappe.Suis-je jouaillier ; il n’est point de tache dans un dia-mant que je n’apperçoive. Suis - je' envieux ; il n’estpoint de défaut dans un grand-hom me que mon œilperçant ne découvre. A u reste , ces mêmes passionsqui, concentrant toute mon attention fur certainsobjets , me rendent, à cet égard , susceptible des sen-sations les plus fines, m’endurcisient aussi contre touteautre espèce de sensations.
Que je fois amant, jaloux , ambitieux , inquiet ,si , dans cette situation de mon ame , je traverse lesmagnifiques palais des souverains ; en vain, suis-jefrappé par les rayons réfléchis des marbres , des sta-tues , des tableaux qui m environnent: il faut, pourréveiller mon attention , qu’un objet inconnu, nou-veau ,& tout-à-coup offert à mes yeux, fasse fur moiune impression vive. Faute de cette impression , jemarche fans voir, fans entendre ôc fans consciencedes sensations que j’éprouve.