DE L* H O M M E. 1
ont leurs principes fondés fur une observation constante8e générale , elles ont donc aussi leur métaphysique.
Quant à la métaphysique scolastique, est-ce une science?non : mais, comme je viens de le dire, un jargon : ellen’est goûtée que de l’espiit faux qui s’accommode dé-pressions vides de sens ; que de l’ignorant qui prend lesmots pour des choses, & que du frippon qui veut fairedes dupes L'homme sensé la méprise.
Toute méthaphysique , non fondée sur l’observat'on ,ne consiste que dans fart d’abuser des mots. C’est cettemétaphysique qui, dans le pays des chimères, court fanscesse après des boules de savon, dont elle n’exprima jamaisque du vent. Maintenant reléguée dans les écoles théolo-giques, elle les divise encore par ses subtilités ; elle peutencore rallumer le fanatisme & faire de nouveau ruisselerle sang humain.
Je compare ces deux sortes de métaphysiques aux deuxphilosophies différentes de Démecrite & de Platon. C’estde la terre que le premier s’élève par degré jusqu’au ciel ;& c’est du ciel que le second s’abaisse par degré jusqu’àla terre. Le système de Platon est fondé sur les nues, Szle souffle de la raison a déjà, en partie, dissipé les nuages& le système.
16 . Les hommes ont toujours été gouvernés par lesmots. Diminue-t-on de moitié le poids de l’écu d’argent ;si l'on lui conserve la même valeur numéraire , le soldatcroit avoir à peu près la même paie. Le magistrat, endroit de juger définitivement jusqu’à la concurrence decertaine somme, c’est-à-dire, de tel poids en argent, n’osejuger jusqu’à la concurrence de la moitié de cette somme.Voilà comme les hommes font dupes des mots & de leursignification incertaine. Les écrivains parleront-ils toujoursde bonnes mœurs , fans attacher à ce mot d’idées nettes 8cprécises ? ignoreront-ils toujours que bonnes mœurs est une