DE L* H O M M E. 461
Par quelle raiíon en effet 1 homme stupide des bois,seroit il plus vertueux que l’homme éclairé des villes îPar-tout les hommes naiílènt avec les mémes besoins8c le même désir de les satisfaire. Ils font les mêmesau berceau; & s’ils diffèrent entre eux, c’est lorsqu’ilsentrent plus avant dans la carrière de la vie.
Les besoins , dira-t-on, d’un peuple sauvage se ré-duisent aux seuls besoins physiques. Ils font en petitnombre. Ceux d’une nation policée au contraire fontimmenses. Peu d’hommes y font exposés aux rigueursde la faim ; mais que de goûts 8c de désirs n’ont-ilspas à satisfaire ; & dans cette multiplicité de goûts ,que de germes de querelles, de disculpons & de vices !oui : mais auíîì que de lois 8c de police pour les ré-primer !
Au reste les grands crimes ire font pas toujours l’effetde la multitude de nos désirs. Ce ne font pas les pas-sions multipliées , mais les pallions fortes qui font fé-condes en forfaits. Plus j ai de désirs & de goûts, moinsils font ardens. Ce font des torrens d’autant moinsgonflés &c dangereux dans leurs cours ; qu’ils se par-tagent en plus de rameaux. Une passion forte est unepaillon solitaire qui concentre tous nos désirs en unseul point. Telles font souvent en nous les pallionsproduites par des besoins physiques.
Deux nations fans arts &c fans agriculture font-ellesquelquefois exposées au tourment de la faim ; danscette faim, quel principe d activité ! Point de lac pois-sonneux , point de forêt giboyeuse , qui ne devienne