Band 
Tome troisième.
Seite
472
JPEG-Download
 

47 1 O E L' H O M M E.

tombent dans l’apathie ; rous les citoyens devenus es-claves maudissent le sein qui les a allaités ; Sc dansun pareil empire, tout nouveau-né est un malheureuxde plus.

Le génie enchaîné y traîne pesamment ses sers ; ilne vole plus , il rampe. Les sciences íont négligées;l’ignorance est en honneur (33), <5 c tout homme desens déclaré ennemi del’Etat.Dansun royaume d’aveu-gles, quel citoyen seroit le plus odieux? Le clairvoyant.Si les aveugles le saisiíloient, il seroit mis en pièces.Or dans 1 empire de i’ignorance, le même fort attendle citoyen éclairé. La presse en est d’autant plus gênéeque les vues du ministère font plus courtes. Sous lerègne d’un Frédéric ou d’un Antonin , on ose toutdire , tout penser , tout écrire & l’on se tait sous lesautres règnes.

L’esprit du prince s’annonce toujours par l’eftimeSc la considération qu’il marque aux talens (a). Lasaveur qu’il leur accorde loin de nuire à l’Etat,le serr.

Les arts & les sciences font la gloire d une nation ;ils ajoutent à son bonheur. C’est donc au seul despo-tisme , intéressé d’abord à les protéger , Sc non auxsciences même, qu’il faut attribuer la décadence desempires. Le souverain d’une nation puissante a-t-il

(a) De trois choses, disoit Mathias, roi de Hongrie,que doit se propòser un prince; la première est d’êtrejuste ; la seconde de vaincre ses ennemis ; la troisième derécompenser les lettres &d’honorer les hommes célèbres»