ìì E L* H O M M E. 481
la sensibilité physique est la seule qualité essentielle à lanature de l’homme.
10. On frémit au spectacle de I’assassin qu on roue. Pour-quoi ? c’est que son supplice rappelle à notre souvenir lamort & la douleur à laquelle la nature nous a condamnés.Mais pourquoi les bourreaux & les chirurgiens sont-ilsimpitoyables? c’est qu’habitués ou de torturer un cou-pable , ou d’opérer fur un malade, fans éprouver eux-mêmes de douleur , ils deviennent insensibles à ses cris.N’apperçoit-on plus dans les souffrances d’autrui cellesauxquelles on est soi-même sujet, on devient dur.
1 1. Le besoin d’être plaint dans ses malheurs, aidé dansses entreprises ; le besoin de fortune, de conversation, dsplaisirs , &c. produisent dans tous le sentiment de l’amitié.Elle n’est donc pas toujours fondée fur la vertu : aussi lesmédians sont-ils comme les bons susceptibles d’amitié, Lcnon d’humanité. Les bons seuls éprouvent ce sentimentde compassion & de tendresse éclairée, qui, réunissantl’homme à l’homme, le rend l’ami de tous ses conci-toyens. Ce sentiment n’est éprouvé que du vertueux.
12. Que d’arrêts & d’édits cruels prouvent contre 1 sprétendue bonté naturelle de l’homme!
1 z. On voit des enfans enduire de cire chaude des han-netons , des cerf-volans , les habiller en soldats, & pro-longer ainsi leur mort pendant deux ou trois mois. Envain dira-1 - on que ces enfans ne réfléchissent point auxdouleurs qu’éprouvent ces insectes. Si le sentiment de lacompassion leur étoit aussi naturel que celui de la crainte ,il les avertiroit des souffrances de l’insecte, comme lacrainte les avertit du danger à la rencontre d’un animalfurieux.
14. Le despotisme de la Chine est, dit-on, fort modérs
\Tomt III. H h