de Gresset. 35^
où sont réunies, et à chaque instant, lesbeautés de tous les genres , où les jouissan-ces sont nombreuses et choisies ; c’est en-core à la cour, où le langage est plus pur, quele goût tient son empire. Le génie dans laretraite est mâle et hardi, mais il est agresteet sauvage, comme la nature dans les lieuxdéserts. Comment donc un solitaire a-t-ildeviné les loix séveres du goût ? commenta-t-il surpris le secret de plaire à un mondepoli et difficile , dont il ne connoissoit ni lesdédains ni la délicatesse ? C’est qu’il est ungoût de tous les siècles et de toutes les na-tions , qui appartient à la belle nature ; il estun choix de mots et d’expressions qui dé-pendent des idées. Quand la pensée com-mande , l’expression est toujours heurçuse ,elle est toujours propre, et elle vit sans vieilliravec la pensée même. Gresset avoit sous lesyeux les bons modèles'de l’antiquité; il étoitentouré d’hommes éclairés dans un ordrereligieux où la saine littérature étoit parti-culièrement cultivée ; enfin Gresset étoitguidé par l’inspiration de son talent. Les ou-vrages qui sont des efforts de l’esprit, dif-ferent clés productions libres du génie. L’es-prit humain est imitateur, il copie ce qu’il