6 VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
de l'antiquité ignorante. Nombre de savants, dans notre sièclede lumières et de progrès, ont rencontré des Abdéritains dansleurs amis, et surtout dans leur famille. L’ignorance populaire,voilà sans nul doute le grand mal dont a souffert la philosophieancienne, bien plus que des rares attentats que les pouvoirspublics ont essayés contre elle.
L’école fondée par Thaïes, en Ionie , avait précédé et préparéla philosophie de Socrate et celle d’Aristote , cela est de touteévidence. Mais, à son tour, l’école de Thaïes avait dû être pré-parée elle-même par des idées et des observations empruntéesaux siècles précédents.
Cette généalogie intellectuelle est d'une nécessité logique;cependant, pour l’établir par des preuves directes, nous nous trou-vons dans un grand embarras. Ici, en effet, les documents cer-tains font entièrement défaut. L’histoire est muette, et d’ailleursle premier historien dont les écrits nous soient restés, Héro dote , n’écrivait que dans le cinquième siècle avant J.-C. Hérodote a pu, sans doute, puiser des renseignements dans quelquesécrivains qui l’avaient précédé; mais ces prédécesseurs, dontles noms mêmes sont à peine connus, n’ont pas dû lui fournirde grandes lumières sur les faits de l’ordre scientifique, ceuxprécisément dont nous cherchons à démêler les origines.
C’est donc à Hérodote , si l’on veut s’en tenir au témoignage-des auteurs profanes, qu’il faut s’en rapporter, pour la périoded'une durée indéterminée, que nous appelons la fèrïode antèhis-torique. Les belles qualités qui firent décerner à Hérodote , par laGrèce assemblée, le nom de Père de l'histoire, nous le recom-mandent encore. On lui reproche une crédulité un peu naïve,jamais pourtant un défaut de véracité et de sincérité.
D'ailleurs sa crédulité ne fut peut-être pas abusée aussi souventqu’on le dit. Hérodote rapporte beaucoup de fables, qu’il avaitrecueillies dans ses entretiens avec les prêtres de l’Egypte ,principalement en ce qui concerne la haute antiquité de leurslois, de leurs usages religieux et de leurs d}-nasties. Mais, s'ilnous a transmis des traditions chimériques, il a recueilliun grand nombre de faits, assurément véritables, malgré le ca-ractère merveilleux qui les rend suspects à la critique moderne.On oublie trop que l’Égypte fut le pays des merveilles,et que la vérité qui sort de cette contrée paraîtrait partout