PÉRIODE ANTÉHISTORIQUE 7
ailleurs fabuleuse. Prenons un exemple. Si les pyramides, qui,après tant de siècles, dressent encore leurs masses impo-santes dans les vallées de Memphis et de Thèbes , n’exis-taient plus, quel lecteur d’aujourd'hui ne se défierait de ce querapporte Hérodote ? Il ne manquerait pas de critiques pourcontester, par toutes sortes de bonnes raisons, les proportionsgigantesques de ces monuments, qui semblent avoir si peude motifs d’exister, que leur destination véritable est encoreaujourd’hui un éternel sujet de disputes entre les érudits.
Il est pourtant un monument historique qui a précédé dequatre ou cinq siècles l’ouvrage d’Hérodote : nous voulons par-ler de la Bible , ou plus exactement des cinq premiers livresde l’Ancien Testament, qui forment, par leur réunion, ce qu’onappelle le Pentateuque . Mais une autorité de ce genre est diffi-cile à invoquer. Il y aurait de la témérité à mêler à l’histoire or-dinaire et non inspirée les faits qui se produisent chez un peuplegouverné théocratiquement par les ordres immédiats de Dieu enpersonne. Les récits de la Bible nous montrent Tordre de lanature continuellement renversé par des miracles. On voit,à chaque instant, des forces surnaturelles déterminer desactions extraordinaires, qui confondent notre raison. C’est làun milieu dans lequel la critique historique se sent trop gênée.Pour disserter à son aise sur la science, il faut la séparer de lareligion, comme on voulut l'en séparer, dès l’origine, dans laphilosophie de la Grèce .
Cuvier , pourtant, dans son Histoire des sciences naturelles, n’apas cru devoir refuser une mention à Moïse . II considère lelégislateur des Hébreux comme un savant naturaliste. Quoi-que les bases de ce jugement soient légères, nous y sous-crivons, d’après la compétence du juge.
Moïse , homme d’un génie supérieur, et qui avait puisé soninstruction chez les prêtres d’Egypte , devait posséder la scienceenseignée dans les temples égyptiens . Le peuple dont ilétait le chef et le guide, dut, à son tour, emporter aussi quel-ques connaissances du pays qu’il venait de quitter. Les Juifs,devenus idolâtres sur les bords du Nil , fabriquent un veaud'or dans le désert, et Moïse , irrité, fait fondre l'image impie.Ces deux opérations supposent certaines notions, ou l’habitudede quelques manipulations de chimie.