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1 (1866) Savants de l'antiquité : Thalès, Pythagore, Platon, Aristote, Hippocrate, Theophraste, Archimède, Euclide, Apollonius, Hipparque, Pline, Dioscoride, Galien, Ptolémée et l'école d'Alexandrie / par Louis Figuier
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THALÈS

grecs sont muets sur ces événements : mais il est impossible deconclure de leur silence quils fussent absolument ignorés enGrèce , et surtout dans l'Ionie , si souvent occupée par les Perses,et- Cyrus venait encore de remporter une victoire sur lesItaliens. Par les Perses, avec lesquels ils étaient souvent mêlésdans les villes du littoral de lAsie Mineure, les Grecs avaientnécessairement appris quelque chose de ce qui arrivait à Baby-lone. Eux-mêmes, dailleurs, visitaient la Chaldée aussi volon-tiers que l'Égypte , dans le but de sinstruire. Comment doncadmettre quils n'aient pu avoir aucun rapport avec les Israé­ lites , que Nabucliodonosor et ses successeurs retenaient captifsdans la capitale de leur empire?

Ceux qui veulent que Thaïes ait été conduit à son systèmepar ses propres observations physiques ne manquent pas deraisons sérieuses. Leau dut se présenter naturellement auchoix et à lesprit de notre philosophe comme le premier etunique principe des choses, en raison du rôle immense et variéquelle joue dans la nature. Ae voyons-nous pas à chaque instantleau changer détat physique? Selon quelle se congèle, seliquéfieou sévapore, elle prend, sous nos yeux, la forme solide,liquide ou vaporeuse. Et comme ce sont les trois états phy-siques sous lesquels la matière s'offre à nos yeux, Thaïes eninférait quun élément qui se diversifie de tant de manières peutrendre raison de tout ce qui existe dans la nature. Il admettaitdonc que leau (à laide de ce que le principe actif, ou Dieu ,lui prête) peut devenir air, feu, terre, bois, métal, chair, sang,vin, etc., tous ces corps nétant que de leau à des degrés diversde condensation on de raréfaction (1).

Il est pourtant douteux, hàtoné-nous de le dire, que ce soit bien lexplication que Thalès lui-même donnait de son système :

(1) Les personnes qui sont au courant des questions élevées de la philosophie chi-mique savent que les chimistes modernes, en discutant les théories de l'isomorphismeet du polymorphisme, en rapprochant les chiffres des équivalents chimiques desmétaux (qui sont presque toujours des multiples simples du meme nombre), ont étéconduits à des idées analogues, cest-à-dire à admettre Limité de la matière. Dansce système de vues mis en avant par nos chimistes., un seul corps hypothétique, en secondensant à divers degrés, pourrait produire toute la série de corps simples que nousconnaissons.

Voir il ce sujet les Leçons de philosophie chimique , par M. Dumas (p. 320), et surtoutson Essai de sialique chimique des corps organisés , leçon professée à l'Ecole de médecine,le 20 août 1841 ; 3 e édition, 184-1. Dans cette leçon, M. Dumas développe, à propos del'air, des idées fort analogues à celle que Thalès avait émise à propos de leau.