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ils pouvaient, à bon droit, se glorifier de remonter plus hautqu’Hippocrate . On n’avait donc aucune raison de leur con-tester un avantage qui ne suffisait pas à beaucoup les recom-mander comme médecins. Toutefois, ils valaient un peu mieuxque les Empiriques modernes, dont le nom est synonj-mede charlatans et qui ont pour unique objet de débiter leursdrogues.
Chez les Grecs et les Romains, particulièrement à l’époquedont nous parlons, les Empiriques étaient de véritables méde-cins, qui, pour rejeter d’une manière un peu absolue la partiethéorique de l’art, ne laissaient pas de guérir des malades.Ils bannissaient le raisonnement de la médecine, n’y laissantautre chose que l’expérience : c’était la moitié de la doctrinehippocratique ! Selon eux, les connaissances fondées sur l’expé-rience étaient celles qui devaient le moins induire en erreur. Dureste, un véritable empirique consultait l’expérience des autres,aussi bien que la sienne propre. Il collectionnait pour son usageune description des différentes maladies et de leurs cures, pourrégler sa pratique en conséquence. On voit bien qu’il y avait làun peu de réflexion, et même de ce raisonnement que \es Empi riques déclaraient avoir en horreur. C’était donc un systèmetrop absolu, comme beaucoup d’autres, et qui, sans le savoir,corrigeait ses propres vices par ses contradictions.
La recherche des moyens curatifs était le principal objet desEmpiriques. En ne craignant pas de multiplier des tentativeshasardées, dont les malades seuls couraient les risques, ils ontdécouvert et conservé à la médecine plusieurs médicamentsvraiment utiles.
Tel est le désordre scientifique au milieu duquel le jeuneGalien eut à chercher sa voie, lorsqu’il commença, à l’âge dedix-neuf ans, l’étude de la médecine.
Il eut pour maître d’anatomie Satyrus, et pour guide enmédecine l’hippocratiste Stratonicvs. Il suivait aussi les leçonsd’un fougueux empiriste, Escltrion. Il s’adressait, on le voit,aux systèmes les plus opposés.
Pendant trois ans il flotta ainsi, ballotté entre des écolesantagonistes, cherchant inutilement à retrouver sa route dansce conflit de sentiments divers.