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logues chaldéens, les plus célèbres de tous ceux qui s’adonnaientaux sciences occultes. A la moindre indisposition, il avaitrecours à la thériaque.
La thériaque était ce médicament fameux importé à Rome par Andromaque , médecin de Néron , et qui avait été inventépar le roi Mithridate en personne, le grand ennemi des Romains.
Mais la thériaque, cette royale drogue qui avait été une desconquêtes faites sur le roi de Pont, avait grandement progresséen se naturalisant en Italie . Les cinquante-quatre ingrédientsque Mithridate y faisait entrer s’étaient presque doublés, et sesvertus s’étaient élevées à leur plus haute puissance, par l’addi-tion de la chair de vipère, dont Mithridate , le roi pharmaceute.ne s’était pas avisé.
Si les empereurs romains avaient fait la conquête de la thé-riaque, la thériaque, à son tour, avait fait la conquête des em-pereurs. Expliquons-nous. Marc-Aurèle avait une passion pourla thériaque. Après en avoir fait un usage de plus en plus fré-quent, il avait fini par en prendre chaque jour, soir et matin. Ilfaisait presque sa nourriture de cette drogue transcendante, etil avait besoin d’en avoir, par devers lui, une provision considé-rable, car elle était devenue indispensable à la conservation desa vie.
Régis ad ezernjiïar lotus componitur orbis. L’exemple dupi'ince entraînant les grands, tout le monde, à l’envi, se bourrade thériaque, à la cour de Marc-Aurèle . La bonne composition dece médicament était donc une grande affaire, et on ne pouvaits’en rapporter, pour sa préparation, au premier venu des clys-torels de Rome . On la confiait aux plus hautes sommités del’art médical, et sa préparation se faisait avec une solennitétoute particulière.
C’est à ce titre que Galien , peu de temps avant son expédi-tion en Germanie, fut appelé en personne à préparer la thé-riaque dans le palais de l’empereur Marc-Aurèle , pour ce princeet son auguste famille : ad usum Delpïrini.
Tel est le fait historique d'après lequel s’est accréditée l’opi-nion que Galien avait tenu une pharmacie à Rome , ce qui estinexact. Les médecins de la Grèce et de Rome avaient l’habi-tude de conserver chez eux certains médicaments d’un emploipresque quotidien. Galien suivit l’exemple de ses confrères.