Galantes. Z 09
bien vû des Vaisseaux , qui ayant pres-que sait le tour du monde, revenoienten France chargés de curiosités étran-gères ; mais ils n’ont jamais rien apportéde fi curieux que ce que le vôtre a ap-porté , quoi qu'il n’ait pas fait un grandvoyage. En vérité , ce n’est pas parcsque vous venés d’un autre Pays, que jevous estime tant. Fussiés-vous Françoi-se, je vous estimerois encore beaucoup.Cependant il me semble que votre pe-tit jargon étranger contribue un peu auplaisir que je me sais de vous voir. Vousne sauriés croire combien votre visages’anime, & combien il naît de grâcesau moment que vous cherchés un mot.Toute l’éloquence qui manque alorsà votre bouche , est dans vos yeux. Jene sai plus comment on peut aimer despersonnes qui parlent François fans au-cune difficulté. Au nom de Dieu, nel’apprenés point mieux que vous ne lesavés , ce íeroient mille petits amoursperdus. II ne vous faut que trois ouquatre mots, qui font d’un usage indis-pensable. Aimer , par exemple ,soupirer,tendrejje ; avec cela vous irés loin. Quej’envie,Mademoiselle, le bonheur de ce-lui pour qui vous bégayerés ces mots-là !