-94 B R U T U S,
T I B F. R I N U S.
Je ferai malheureux , & je suis né pour l’être.
Dès long- temps vos rigueurs me l’avoient faitconnoî.re ;
Mais ie fautai du moins les moyens d’empécherQu’on jouisse d’un bien qu’on prétend m’arra-cher.
Dans l’état où je fuis, un seul espoir me reste ;
J1 faut qu’à mon riva! mon malheur soit funeste.S’i! garde votre cœur quand saurai votre foi ,
11 est, en vous perdant, plus malheureux que moi.
A Q U I L I E.
Plus malheureux que vous ! gardés-vous de lecroire ;
J’aurai ses déplaisirs gravés dans ma mémoire :
Je ne le verrai plus ; mais mes yeux & mon cœur ,Jour & nuit occupés à plaindre son malheur,Empoisonnant l’hymen où vous croyés des char-mes ,
Vous feront envier ses soupirs & ses larmes.
T I B E R I N U S.
Ingrate , il est donc vrai que vous pouve'sl’aimer ;Vous osés m’avouer qu’il a fû vous charmer ;
Je íai depuis long-temps que votre cœur l’adore ;Cependant malheureux , j'en fuis surpris encore;Quand j’en voulois douter, vous me le déclarés.
Je ne balance plus, & vous en soufïrirés.