DE M. DE FoNTENELLE. 22^
dvénemens de forte qu’il en résulte decertains effets surprenans, je vous avoueque je fuis beaucoup plus touché devoir régner dans un Roman une cer-taine science du cœur, telle qu’elleest , par exemple, dans la Pr'mceffe d&Cleves. Le merveilleux des incidens mefrappe une fois ou deux, & puis me re-bute ; au lieu que les peintures fidellesde la nature, & fur-tout celles de cer-tains mouvemens du cœur presque im-perceptibles , à cause de leur délica-tesse, ont un droit déplaire qu’elles neperdent jamais. On ne sent , dans lesaventures, que l’effort de l’imaginationtde l’Auteur; & dans les choies de pas-sion , ce n’est que la nature seule quise sait sentir, quoiqu’il en ait couté àl’Auteur un effort d’esprit que je croisplus grand. Vous trouverez dans Eléo-nore d'Yvrie beaucoup de beautés decette derniere efpece, & des beautésfort touchantes. Eléonon, le Duc deMìfnit & Matilde y font dans une situa-tion douloureuse, qui vous remplit lecœur d’une compassion fort tendre, &preíqu’égale pour ces trois personnes,parce qu’aucune des trois n’a tort, &n’a fait que ce quelle a du faire. Le