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Tome premier. A - K.
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VI
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vj DISCOURS

toute une Nation, de manière que cette Nation sanctionne ces définitions en les adop-tant , et ne sen écarte point dans lusage des mots ?

Je réponds quun bon Dictionnaire peut, seul, donner à une Nation ces lois de laparole, plus importantes, peut-être, que les lois même de lorganisation sociale ; etquun Dictionnaire , pour exercer cette espèce dautorité législative , doit être faitpar des hommes qui auront, à la fois lautorité des lumières auprès des esprits éclai-rés , et lautorité de certaines distinctions littéraires auprès de la Nation entière.

Ces distinctions, les Membres de lAcadémie Françoise les avoient reçues avec letitre même dAcadémicien : et sil falloit chercher des preuves de lespèce de puissancelittéraire que lAcadémie Françoise a exercée sur la France , on en trouveroit dans lesefforts même quon a toujours faits pour contester cette puissance, pour la nier oupour la renverser : il faut être très-puissant pour faire le mal dont on la accusée ,comme pour faire le bien dont on la louée.

Mais, cette autre autorité, lautorité plus légitime des lumières, étoit-elle danslAcadémie et dans ses Membres ?

Une réponse absolue est ici impossible : il faut distinguer les temps; et cette dis-tinction , au lieu dune réponse, qui neût été quà demi vraie, nous donnera deuxréponses, entièrement vraies toutes les deux.

A sa naissance et long-temps après, lAcadémie Françoise fut composée de troisespèces dhommes, qui avoient assez peu de rapports les uns avec les autres, et qui,tous ensemble, nen avoient pas beaucoup avec le travail dun Dictionnaire.

Cétoient, en très-grand nombre , de beaux-esprits, comme Cotin, qui, nayantpoint de pensées, cherchoient des tours, et en trouvoient de ridicules ; et un grandnombre dAmateurs des Lettres plutôt que de Littérateurs , qui, nécrivant pointeux-mêmes , se constituoient lecteurs et juges de tout ce quon écrivoit, commeConrard ; et cinq à six hommes supérieurs , de ces génies éminens qui créent, pourleur Langue et pour leur Nation, les modèles de la Poésie et de lÉloquence; commeles Corneille et les Bossuet .

De ces trois espèces dAcadémiciens , les derniers , ces esprits créateurs, ont été,peut-être, ceux qui ont le moins travaillé au Dictionnaire, et qur y étoient les moinspropres.

Dans leur sublime essor, occupés à enrichir les mots de nouvelles acceptions, ils nepouvoient rabaisser leur génie à la recherche et à la définition des acceptions connues.Ils étoient trop doués de ces facultés exquises de limagination qui analise. par le sen-timent et par le goût ; et ils ne possédoient pas assez cette analise de lentendementqui veut remonter jusquaux principes même du sentiment, qui impatiente quelque-fois le goût, alors même quelle léclaire.

Les beaux-esprits, ces singes maladroits du talent et du génie, aussi dépourvus dudon de sentir que de lart de définir, étoient trop occupés à défigurer et à gâterla Langue dans leurs sonnets et dans leurs sermons, pour travailler beaucoup à la