468 NOTE SUR UNE PENSÉE
La jeune Américaine assiste à ces sup-plices; elle y préside quelquefois : on veutl’accoutumer de bonne heure à entendre ,sans frémir, les hurlements des malheu-reux ; on semble craindre qu’un jour sapitié ne tende de désarmer le cœur de sonépoux.
Ces crimes sont publics ; la loi les tolère :l’opinion ne les flétrit pas! On ose même enfaire l’apologie : sans cela , dit-on , nous nepourrions avoir de sucre. Eh bien! si on nepeut en avoir qu’à force de crimes, il fautsavoir se passer de sucre ; il faut renoncer àune denrée souillée du sang de nos frères.Mais qui a dit qu’on ne pouvait en avoirqu’à ce prix? quelles tentatives a-t-on faitpour s’en procurer autrement ? Quoi ! c’estsur la foi d’un préjugé , qu’on ne daigne pasmême examiner que la loi a autorisé cettehorrible violation des droits de la nature ,et qu’on exerce ou qu’on tolère tranquille-ment ces barbaries ! A peine quelques phi-lophes ont-ils osé élever de loin en loin , enfaveur de l’humanité, des cris que les gensen place n’ont point entendus, et qu’unmonde frivole a bientôt oubliés.
Pourquoi ne pas faire cultiver nos colo-nies par des blancs? La terre seplaît aêtrecultivée par des mains libres : eh ! combien