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Je l’art, l’austère et franche nature des Alpes , avec les bleus loin-tains, les replis séduisants, les massifs harmonieux, les contoursde rivières, les flaques d’eau réfléchissant un de ces ciels tels queClaude Lorain, Ruysdael ou Constable en ont peint, et l’on sen-tira ici un charme intime qui attirera tout d’abord, parce qu’il feratravailler davantage en nous l’imagination et la fantaisie. Il y adans le raccourci du paysage une poésie pleine de mystère que nosmontagnes n’auront jamais. Pour les trouver sublimes et riches enpuissantes émotions, il faut les voir de prés et payer de quelquesfatigues les splendides beautés qu’elles nous dévoilent. La fraîcheurfortifiante de l’air, le bruit des cloches des troupeaux, le roulementsourd des avalanches, sont autant de charmes inséparables du ca-ractère des hautes Alpes . Mais qu’on cherche à fixer sur la toileleurs formes hardies et les mille accidents de lumière qui semblentvarier à l'infini leur physionomie, tout le charme s’efface et s’éva-pore sous les pinceaux de l’artiste comme une fantastique appa-rition.
Néanmoins, M. Diday n’a pas craint d’aborder cette tâche im-mense, et quand il n’en aurait saisi que le côté énergique et puis-sant, il faut avouer qu’il a su le rendre avec un rare bonheur. Tan-dis que les peintres genevois n’avaient osé gravir jusqu alors que lapremière zone de la nature alpestre et avaient abandonné aux en-lumineurs les rues des hautes cimes, M. Diday se demanda s’il n’yavait pas là des sujets capables de l’inspirer.
Il marcha donc courageusement à la découverte de cette terrenouvelle, de ces hauteurs « vierges de pas humains, » et il en rap-porta des trésors d’études. Dépassant de beaucoup Wolfgang-Adam Topffer et de la Piive, il éleva le type et le caractère de la naturesuisse ; il la prit, non gracieuse et pittoresque, telle qu’elle s’offredans les vallées aux yeux des touristes, mais sévère et terrible,telle que les pâtres et les chasseurs de chamois l’avaient jusqu’a-lors contemplée. C’est-à-dire qu’il n’en exprima pas seulement la