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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

les fibres dorigine animale étant toujours accompagnéedune désorganisation profonde et dune coloration jauneplus ou moins intense, on ne peut songer à faire usagedes principes employés pour le blanchiment des tissusqui proviennent du tissage des fibres du coton, du lin etdu chanvre. On est forcé davoir recours à de muveauxagents, et lusage a consacré lemploi do lacide sul-fureux.

La réaction est ici dune tout autre nature que cellequi prend naissance dans le contact du chlore avec lamatière colorante ; dans le dernier cas, la matière ayantchangé de propriétés est éliminée sous forme soluble;dans le cas de laction de lacide sulfureux, il semblequil ny ait rien quune combinaison de lacide avecla matière colorée qui se fixe sous forme incolore autissu sans élimination. Ce phénomène rentre dans laclasse de ceux observés parM. Chevrcul dans l'actiondo lhydrogène sulfuré sur lhématinc, et parM. Kul-mnnn dans laction de lacide sulfureux sur les matièrescolorées dorigine végétale.

Lacide sulfureux, employé depuis une époque donton ne peut préciser Ja date, est en usage presque - par-tout pour blanchir les étoffes et les fils de laine ; onlobtient par la combustion du soufre dans des cham-bres quon nomme soufroirs (voyez Acide sulfureux,2 e volume). On opère tantôt avec lacide sulfureuxgazeux, tantôt avec lacide sulfureux liquide. Nousne décrirons ici ni la préparation de lacide sulfureuxgazeux, ni les appareils dans lesquels les laines sontmises à blanchir ; mais nous indiquerons la possibilitéde se servir dacide liquide ou dacide combiné. ORcillydepuis fort longtemps a fait voir quen soumettant desétoffes à laction dun liquide contenant de lacide sul-fureux liquide, on obtient un blanchiment beaucoupplus complet quepr.rlacide gazeux. 11 suffit de 4 heuresd'immersion dans un liquide disposé dans des appareilsanalogues à ceux dont on fait usage dans le blanchimentpar le chlore liquide ou combiné pour obtenir une dé-coloration satisfaisante.

M. Persoz indique comme procédé très-économiquepour la préparation de lacide sulfureux le moyen sui-vant : on calcine dans des cylindres de fonte un mélangede sulfate de fer et de fleurs de soufre. La formule3 (SO 3 ) Fe-O 3 + a S = 6 (SO 3 ) 4-2 (FeS)rend compte de la réaction. On chauffe à peine aurouge. On dispose lappareil comme pour la fabrica-tion de lacide nitrique, mais on charge dabord une por-tion du sulfate de fer dans la partie antérieure de lap-pareil, puis le mélange de soufre et de sulfate, en sorteque le soufre en vapeurs rencontre dabord du sulfatede fer chaud quil décompose avec facilité. On conduitle gaz qui se dégage dans un tonneau laveur remplide paille ou de mousse humectée; il se rend de dansune caisse munie dun agitateur ou dune cascade chi-mique comme pour la dissolution du chlore. En opérantsur 1500 grammes de sulfate de fer supposé pur et sur'1000 grammes de soufre, on obtiendrait 340 litres degaz acide sulfureux sous la pression de 0 m ,76 et à latempérature de 0°. Or, comme leau dissout à la tempé-rature ordinaire 43 fois son volume dacide sulfureux,on obtiendrait avec cos doses 79 litres dean saturée.

Je suis surpris quon nait pas encore introduit danslindustrie lemploi de lacide sulfureux combiné commeon le fait pour le chlore; le3 appareils appliqués dansles deux cas seraient les mêmes, et par 1 exposition àlair des tissus imbibés de sulfite alcalin on pourraitobtenir une décoloration convenable. Sans doute cetteinnovation conduirait à quelques tâtonnements pourfixer la densité du liquide et connaître la force de la-cide à mettre en contact avec le tissu chargé de sul-fite dans le cas lacide carbonique de lair serait in-suffisant ou dune énergie trop faible pour agir promp-tement a la température ordinaire ; il faudrait encore

aussi se prémunir contre la transformation de l'acidesulfureux en acide sulfurique par condensation dansles porcs du tissu, transformation qui compromettrait lasolidité de létoffe ; la présence dune base dans le selprimitivement employé mettrait facilement de côtécette cause de destruction.

Nous pensons devoir faire connaître ici un appareiltrès-simple, employé par M. Kopp pour faire absorberlacide sulfureux par une dissolution de polysulfure decalcium dans la fabrication du vermillon dantimoine.Le gaz sulfureux est produit ou par la combustion dusoufre brut, ou par la calcination des pyrites, ou par legrillage du sulfure dantimoine (fig. 3723.)

TJne série de cuves disposées en étages A, A* sont encommunication par un tuyau I> avec lappareil produc-teur du gaz sulfureux ; une cloison E existe dans chaquecuve; elle force le gaz acide sulfureux à descendre pourse trouver au contact de la dissolution et de la pluieliquide produite par le mouvement de rotation duneroue à palette F ; la cloison E force le gaz à redescen-dre encore avant de se rendre clans la cuve A qui ab-sorbe les portions qui ne se sont pas dissoutes ; elles ypénètrent par un tuyau 6 ; un robinet II permet déeou-lcr le liquide contenu dans la cuve A dans la cuve Alorsquelle a été vidée par le tuyau I du liquide légè-rement acide quelle renferme : quand on juge à pro-pos de remplir directement deau pure la cuve A ondébouche lorifice K *. le tampon L permet de rempla-cer le liquide combiné dans la cuve A. Un cône mé-tallique M, dans lequel on place quelques charbons ar-dents, active le tirage du tuyau dappel N qui doit as-pirer lacide sulfureux, les roues à palettes F tournentdans le même sens; elles sont commandées par le mêmemoteur; desroues dengrenage de différent diamètrerèglent une fois pour toutes la vitesse de rotation con-venable pour une absorption régulière.

. Lorsque les tissus par des immersions répétées dansdos bains convenables sont suffisamment dégraissés etdécolorés, on les passe dans un bain spécial dit dasu-rage pour rehausser le ton, et surtout pour faire dispa-raître dans les tissus de chaine-coton Ja nuance jauneque conserve le lainage.

On a lait emploi pendant longtemps, pour remplir cebut, de sulfate de cuivre, ou de toute autre préparationbleue ayant pour base loxyde de cuivre. Mais on y abientôt renoncé devant les accidents graves auxquelscet azurage donnait lieu toutes les fois que les lainesétaient teintes et fixées par la vapeur. On doit àM. Che-vrcul cette observation importante, que sous lin-fluence de la vapeur deau et dune température éie\ ée,le soufre dont nous avons constaté la présence dans lafibre même qui constitue la laine se porte sur les oxydesen présence desquels il se trouve, et lorsque les sul-fures qui résultent de cette combinaison sont colorés,la laine prend une teinte colorée, uniforme si loxyde estrégulièrement réparti, sons forme de tache si loxydoest irrégulièrement déposé. Telle est la cause assignéepar M. Chevrcul, en 1837, à des taches qui sétaientmanifestées sur des laines soumises blanches à la vapo-risation, et devenues colorées par lopération. Cet il-lustre chimiste avait reconnu que ces étoffes sétaienttrouvées accidentellement, pendant le tra\ail, en con-tact avec des sels de cuivre, dantimoine, détain, deplomb, avant leur passage à la vapeur, et que, sous lin-fluence de lagent, il y avait eu production dun sulfurecoloré. La couleur brune que la laine prend, quand onla plonge dans un mélange dacétate dalumine et da-cétate de plomb, a la même origine; on évite ces in-convénients en se servant, pour azurer, de carmin oudacétate dindigo quon ajoute en proportion variableavec le goût du commerçant.

Nous terminerons ce chapitre en faisant remarquerque lindustrie manque encore dune bonne méthode,