Buch 
Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
Entstehung
Seite
238
JPEG-Download
 

A HT INDUSTRIEL.

•238

Dans les vitraux du xu e siècle, les champs des mosaïques sont formés de petitsmorceaux de verre teints dans la pâte et assemblés par des plombs multipliés. C’estune imitation des mosaïques orientales de cette époque. Ces ornements sont caracté-ristiques de ces premiers et magnifiques produits de la peinture sur verre.

Les vitraux de couleur des anciens styles ont été imités avec assez de succès dansces dernières années. Les procédés techniques ont été facilement retrouvés; on aappris à monter on plomb les formes irrégulières dont l'ensemble forme la surface àdécorer, et on a pu réparer heureusement les produits d’un art né aux xn c et xm< - sièclespour la décoration des églises, et dont les couvres ont conservé les tendances naïves,la forme symbolique de l’architecture du moyen âge. Toutefois les elfets des vitrauxmodernes ont longtemps été inférieurs à ceux des anciens ; des teintes bien dégradées,l’imitation de la peinture à l’huile n’ont donné que des résultats très-peu satisfaisants.Un singulier obstacle était le manque d’imperfection du verre moderne, trop bienfabriqué. « Tous les vitraux exposés, disait en 1814 M. Lassus, un des architectes deNotre-Dame , pèchent par un défaut commun qui justifie pleinement tout ce qui a étédit sur l'impossibilité de réussir avec les verres actuels. La coloration de tous cesvitraux manque de puissance et d’éclat; ils sont incapables d’opposer la moindrerésistance à l’action des rayons lumineux, qui les traversent d’outre en outre sans

éprouver le moindre obstacle.Dans les anciens vitraux, au contraire, la lumière ne

peut pas traverser directement les surfaces courbes, inégales des verres; elle est forcée

de se briser, de se réfracter. De là cet effet chatoyant des vitraux, cet éclat et ce

scintillement si remarquables des couleurs. »

Par nue étude plus approfondie des conditions à remplir, les artistes sont arrivésà satisfaire aux exigences que M. Lassus signalait avec raison dans le passage précé-dent, et cela en faisant des stries sur les carreaux, en imitant l'imperfection du verrefabriqué autrefois, imperfection si précieuse pour les jeux de lumière.

On peut, poser comme principe fondamental qu’il faut, dans les verrières, dont tousles éléments doivent concourir à rappeler un style déterminé, choisir des tons écla-tants, tracer des contours fermes, bien nettement encadrés par les plombs; toujoursse rappeler qu’à distance les détails disparaissent, deviennent aisément confus. Lestêtes des personnages doivent toujours être lumineuses pour être distinguées de loin.Il y a pour l'artiste une étude toute particulière à faire, celle de l’emploi de couleursqui doivent être vues par transparence, tandis que dans tous les autres cas on ne lesvoit que par réflexion.

Les couleurs ternes ne sont pas admissibles; on doit employer, en fait de couleurs,l’azur, le vert, le rouge, le jaune et le violet poussés à la puissance du saphir, del’émeraude, du rubis, de la topaze. Un vitrail ne doit jamais perdre entièrement soncaractère primitif, celui d'une mosaïque transparente. Il doit être avant tout monu-mental ; c’est ce tpie fait comprendre l'histoire de cet art dont nous avons dit quel-ques mots, qui constate que les produits sont devenus d’autant plus défectueux queLimitation des objets naturels devenait plus parfaite.

Nous donnons ici comme spécimen un vitrail célèbre de la Sainte-Chapelle de Paris ,représentant Jésus et les apôtres, où respire bien la foi des artistes du moyen âge; il aquelque chose de 1 inspiration qui faisait élever le monument resté de nos jours untype de l’art gothique