TISSUS.
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iv c siècle, sous Justinien , deux moines rapportèrent le ver à soie et le mûrier, et(jne l’industrie de la soie commença en Orient mais sans pénétrer à l'Occident . Nousavons déjà dit que c’étaient les Normands qui, au XII e siècle, avaient introduit en Sicile et ravi à la Grèce l’industrie de la soie, qui s’y était conservée depuis l’introductiondu ver à soie. Cette industrie se répandit en Italie , et fut introduite dans le midi de la France , vers 1260, par des familles guelfes chassées de Florence par les Gibelins.Toutefois cette industrie ne fit que peu de progrès.
Louis XI établit des manufactures à Tours et lit venir des ouvriers de Grèce etd’Italie ; mais Charles VIII , et principalement François I er , durant les guerres d’Italie,furent les principaux fondateurs de cette fabrication en France . Enfin c’est le grandColbert, au milieu des triomphes des beaux-arts, qui l’acliemina vers le degré desplendeur et d’étendue où nous la voyons. Toutefois c’est à l'industrieuse activitéde la population lyonnaise qu’on doit faire remonter avant tout l’honneur du déve-loppement immense de cette belle industrie et aussi à la grande invention de laJacquart, grâce à laquelle la production et la vulgarisation des beaux tissus de soie ontatteint des limites extrêmement reculées '.
CHALES CACHEMIRES.
Le châle de l’Inde appartient essentiellement au «style oriental» par sa naturemême, par l’imitation des fleurs de l’Inde , étalées à plat comme dans un herbier, sansessai de perspective, de dégradation de teintes. C’est l’éclat de ces couleurs juxta-posées pour produire un maximum d’ellet, avec une entente traditionnelle maisparfaite du contraste des couleurs, plutôt que la bizarrerie des formes, qui, avec lafinesse du tissu, a fait le succès du châle de l’Inde .
Longtemps les artistes français ont conservé la tradition de copier plus ou moinsfidèlement le châle de l'Inde . La nécessité de varier pour plaire au goût des consom-mateurs a fait tenter d’en modifier le dessin ; le genre renaissance a d’abord été tentéavec peu de succès. Il consistait dans un mélange de l’ornement et de la fleur defantaisie, le tout modifié dans le style châle, c’est-à-dire oriental, à teintes plateset à couleurs vives.
i C’est à Lyon que se sont accomplis presque tous les grands progrès dans l’industrie du tissagedes soies, et ils ont été nombreux et importants depuis un siècle. Elle est aujourd'hui la métropolede cette magnifique industrie, qui n'est pas une source de richesse seulement mais encore d’honneurpour notre pays. Elle l’était déjà lorsque les fabricants protestants, chassés par la révocation del’Édit de Nantes , créèrent les centres, rivaux aujourd'hui, de Crcfeld, Spitalfields, etc. Grâce auxperfectionnements de chaque jour, la fabrication des étoffes de soie brochées exécute des chefs-d'œuvre qui sont peut-être l’expression la plus élevée de la partie des arts industriels qui procèdentde la peinture. On ne saurait croire à quelle sûreté de goût parviennent les habiles fabricants etcontre-maîtres de Lyon qui font le succès de cette belle industrie. Nous ne les citons pas ici, parcequ'ils forment une trop nombreuse phalange.