566 COMMERCE DES INDES AVANT LA DECOUVERTEil en seroit resté au moins quelque trace, quand même ce chemin auro-icété négligé (a). Les plus judicieux Critiques parmi les Modernes font una-nimement de cette opinion , & ils cn donnent encore une autre raison ,c’est que les Anciens n’ayant pas l'usage de la Boussole, il étoit impossiblequ’ils entreprissent un pareil voyage, puisque les Portugais trouvèrent tantde difficultés tandis qu’ils ne navigerent que le long des côtes d’Afrique r& n’oserent pas se risquer assez en mer pour doubler sûrement le Cap (é).Nous pouvons ajouter une nouvelle raison, que l’on n’a pas encore faitvaloir ; c’est qu’aucune des Nations qui dans les anciens tems ont été enposseffion du Commerce des Indes, n’avoit intérêt à découvrir un tel pas-sage, c’étoit tout le contraire; & par conséquent nous avons tout lieu decroire, qu’elles ne tournèrent point leurs pensées de ce côté-là par la mê-me raison que bien des gens prétendent qu’a eue une Nation voisine d’en-sévelir dans le silence le passage d’un de ses vaisseaux du Groënland au Ja-pon; ce qui seroit très-vraisemblable, si nous avions des preuves suffisan-tes de la vérité du fait (c), parceque cette découverte doit naturellementavoir déplu à ceux qui sont les maîtres de la plus grande partie du Com-merce des Indes, par la voye ordinaire (*). Mais il est tems de laisser ladiscussion des chemins dont les Anciens n’ont pu être instruits, pour par-ler de ceux par lesquels ils faisoient ce commerce , pendant qu’il fut en-tre leurs mains, quoique moins commodément & avec moins d’avantagequ’on ne le fait aujourd’hui.
Il '- n ' e ïïpas II est très-connu aujourd’hui que le commerce entre les Russes & les"Te ils S Chinois est très-praticable , même depuis que le Czar envoya des Am-Chiriois bassadeurs en 1659, qui passerent au -Nord du Royaume de Boucan, aun'aycnt eu travers des Déserts de la Grande Tartarie Mais quelque hardie quecommerce puisse paroître l’asserrion , nous disons qu il n y a aucune raison de ctoireff ÍC f . les que cette route soit une nouvelle découverte, & qu’elle n’ait pas été austìSepun■ fréquentée autrefois qu’elle Test aujourd’hui ; car, comme il est aisé de letrionahs prouver, c’étoit dans les tems anciens que l’Empire de la Chine & celuid'ancien- des Indes étoient dans l’état le plus florissant , & faisoient le plus grandnetí. commerce : d’où l’on peut conclure qu’il est souverainement probable, qu’ils
se
(«) VindicationofModem improvements (c) Philos. Tiansast. N°. CXVIII.p. 4:7,against the fabulous Suggestions oftheldo oîi il y a une ample relation de ce fait,laters of Antiquity. mais malheureusement cette piece curieuse
(ii>) % de li irros , Galvano , Massée, & en est anonyme,général tous ceux qui ont fait f Histoire des (d) Huit Hist. du Commerce de? Atl-
Découvertes des Portugais. ciens, p. 392.
(*) 11 y a dans les Trmisaùiom Philosophiques une Relation de M- Joseph Maxon , d’uaVaisseau Hollandois qui étant à la pêche en Groeniande, alla deux degrés au-delà duPôle. , II tenoit cette Relation de la bouche du Pilote de ce vaisseau , qui assurait qu’ilsavoient trouvé une Mer ljbre, & un air austì chaud qu il est a Amflerdam pendantP Eté. 8i ce fait est vrai, comme M. Maxon assure qu’il en est très persuadé , il estdécisif, & prouve qu’il y a un passage fort court aux Indes, qu’ii n’est pas aisé de croi-re qui soit inconnu aux Hollandois , après une pareille expérience ; mais comme il n’estni ne fera vraisemblablement jamais de leur intérêt de s’eu servir, il n’est pas éton-nant qu’ils e.i fassent un mystère.