Szcristi*
XVL
Gouverne-
ment deCeylon,ère.
Hìfloire dM. Vuift
r CONQUÊTES, ÉTABLISSEMENS &c. DES HOLLANDOIS "exemples, il suffira de parler des deux derniers, qui ont fait beaucoup debruit en Europe. Les mouvemens qu'il ya eus ayant été causés par la tyran-nie de deux Gouverneurs consécutifs, dont l’un se nommoit Fui fl & l’autreVerjluys. En voici le précis.
Aussitôt que M. Rumpf, Gouverneur de Ceylon, en fut parti, Vuift sonsuccesseur commença à agir en barbare envers tous ceux qui n’eurent pas le'bonheur de lui plaire. II persécuta les Européens aussi bien que les Indiens.
' Comme il rouioit dans fa tête le grand dessein de se rendre Souverain, ilcrut devoir se défaire principalement des riches, & de ceux qui étoientcíaírvoyans & bien intentionnés. Pour sauver les apparences de la Justice,il leur intenta action fous prétexte d’une conspiration formée pour livrer lesprincipales places à quelque Puissance Etrangère. Ce plan lui servoit à unedouble fin, premierement il faisoit paroître un grand zele pour le servicede la Compagnie, & en second lieu il trouvoit moyen de rendre coupablesde haute trahison ceux qu’il haïffoit, & de leur faire perdre en même temsles biens & la vie. Pour parvenir plus sûrement à son but, il changea sonConseil, <& y fit entrer des personnes qui lui étoient entierement dévouées,& auxquelìes il pouvoir se fier. La confiscation des biens da plusieurs inno-cens condamnés & exécutés, le mit en état de s’attacher ses créatures parde grands bienfaits & par des présens. Ce nouveau Catilina étoit né auxIndes de parens Hollandois. II avoit de sétude <k de la capacité. Son airsombre & sa phisionomie marquoìent un caractère porté à la cruauté , &cette dureté de cœur qui le distinguoit des autres hommes. II aimoit &protégeoit beaucoup les Indiens, soit par inclination parcequ’ils étoient sescompatriotes, soit qu’il les crût moins habiles à pénétrer lès desseins , oumoins portés à les traverser. Pour les gagner entierement il les préféra tou-tes les fois qu’il s’agissoit de remplir quelque Charge dans le ressort de sonGouvernement, malgré les défenses réitérées de la Compagnie, qui lui or-donnoit de donner les principaux Postes dans cette Iíle aux Hollandois ou àd’autres Européens. II conduisit son dessein pendant longtems avec beau-coup d’adresse, se faisant à force de présens & par d’autres artifices un pré-di-
re toute paiticuliere de veillera fa conservation C’est dans cette vue qu'on a eu íb'nci’menter l’autorité du Gouverneur en ce qui regarde fa correspondance avec les Directeuïcn Hollande; èt d’un autre côté de la borner par rapport aux places qui sont dans l’érandue de son Gouvernement, Morte que l’efpérance & h crainte concourent également álut faire remplir exactement les devoirs d une Charge, qui assez ordinairement est un paspour parvenir au Généralat des Indes. A tout événement un Gouverneur a en main lesmoyens d’amasser en peu de tems des biens immenses, fans courir ie moindre risque- cir-constance tres-propre à faire un grand effet sor l’efprit d’un homme qui a envie dé re.tourner daus fa Patrie, & de finir ses jours en Hollande ; mais qui ne peut faire beaucoup d’impteffion fur un autre qui n’a jamais été en Europe, ni n’a envie d’y venir (i)Ce dernier doit naturellement envisager ies objets fous un autre point de vue & sentirbeaucóup de répugnance à quitter la splendeur & l’autorité dont il a été revêtu- il n’estdonc pas surprenant qu’il songe aux moyens de s’en assurer; car-là ost est le trésor làest le cœur. '
(i) Expédition de trois Vaisseaux, T. II. p. 127,