DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. VII. 7S
Jean Maatsuyker, S Amsterdam , parvint au Généralat en 1653 ,& occupa ce grand Poste plus longtems qu’aucun de ses prédécesseurs, Lqu’aucun de ses successeurs n’a fait depuis. C’étoit un homme d’une gran-de capacité, qui avoit été longtems au service de la Compagnie, & d’unefidélité à toute épreuve, ensorte que les Directeurs avoient une entiere con-fiance en lui, & lui donnerent des pouvoirs qui le rendoient en quelqueFaçon indépendant. Ce fut néanmoins fous fa régence que les AmbassadeursHollandois échouèrent dans leur négociation à la Chine, qu’on traita lesHollandois avec beaucoup de rigueur au Japon, & qu’ils perdirent l’Iile deFormose. Mais ce qui contrebalança ces désavantagés, ce fut l’heureuxsuccès de deux guerres contre les Macaíîàrs, & d’autres guerres en terre fer-me. 11 eut aussi beaucoup de bonheur contre les Portugais, étendit le Com-merce & l’Empire de ses Maîtres de tous côtés, maintint si bien tous ceuxqui étoient au service de la Compagnie dans les réglés du devoir, & exé-cuta si ponctuellement les ordres qu’il recevoit, qu’on ne pensa jamais àlui donner un successeur ; ainsi il resta Gouverneur - Général juíqu’à samort, arrivée le 4 de Janvier 1678, la vingt-cinquième année de sonGouvernement (a) (*).
Ryklof van Goens, qui avoit rendu de si grands services à la Com-pagnie dans rifle de Ceylon & fur la Côte de Coromandel, succéda au Gé-néral Maatsuyker ; il ne se passa rien d’extraordinaire sous íà régence, quifut d’un peu plus de deux ans ; au bout de ce tems-là il partit pour la Hol-lande , dans le dessein d’y vivre tranquillement le reste de ses jours, mais ilmourut dans le voyage (b).
Corneille SpeelmaN, de Rotterdam , fut élevé au Généralat au dé-part de son prédécesseur, le 25 de Novembre 1681. II étoit passé aux In-des dans une qualité assez commune , par son mérite il parvint au Poste deTeneur-General des Livres a Batavìa, & de Président du College des Cu
SumosXXVI.Gouverne »ment riesHollan-doís auxIndes SV.
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1678.
iS8i.
(a) De Craaf, p. 144. (b) Hamilton, Vol. I. p. 343,344.
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(*) II s’étoit distingué dès Tannée 1644, en négociant un Traité avec les Portugais àGoa, où il se fît estimer par sa candeur & la franchise de ses procédés (ï). Après qu’ilfut parvenu à la Dignité de Général, il s’en acquitta avec autant de majesté & d’aisan-se qu’aucun de ses prédécesseurs, ce qui fit que les Mariniers Tappellerent le grand Maat-suyker , & insensiblement cela devint un surnom qu’on lui donna, & à juste titre; car bien-qu’on ne le lui eût donné d’abord qu’i cause de la pompe & de la magnificence qu’il as-fectoit en de certaines occasions , & qui ne convenoit à personne mieux qu’à lui, ce notalui appartenoit par la raison contraire, n’y ayant pas d’homme qui en fît moins de cas ,& qui la méprisât davantage. 11 ne laisse!t pas de la ménager fort adroitement, &i’onprétend qu’il conclut plus d’un Traité avantageux à la Compagnie, par des fêtes extraor-dinaires & par des spectacles pompeux : il est vrai que le Conseil des Indes se plaignit desdépenses qu’il faisoit pour cela, mais il ne s’en embarrassa gueres, & comme on le verraplus bas,ces plaintes furent mal reçues des Directeurs. Après cette dispute on le laissafai-re, & il gouverna à Batavia en Prince Souverain. La Compagnie se ressentit de sa bonneconduite & de sa capacité longtems après fa mort, quelques-uns des meilleurs Officiers qu’el-le ait jamais eus, s’étant formés fous lui, L la plupart des Cours des Indes respectant lamémoire du grand Maatsuyker, & la Compagnie pour l’amour de lui.
( 1 ) Hist, de la Coaq. des Moiucq. T. llî. p, 3 u.