DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. VIII. 125SECTION IV.
Frédéric IV. prend la résolution cs envoyer des Missionnaires pour prêcher l’E-vangile aux Païens. Confiance avec laquelle , nonobstant tous les obstacles , cebeau dessein a été poursuivi. Description exacte de ïEtablissement des Danois,de .leur Forteresse , duPort, du Pays des environs , des dépendances , de /’étatprésent, S des espérances pour l'avenir de la Colonie de Tranquebar. Con-jectures fur ce sujet , b détail clair c? précis des argumcns pour & contreles Projets des Danois.
T) A r ces contretems & d’autres du même genre, le Commerce de Tran-quebar se trouva très-diminué au commencement de ce siecle, nonob-stant tous les foins de ceux qui étoient chargés des affaires de la Compa-gnie. 11s jugèrent donc à propos de tourner une partie de leUr attention àmettre les choses fur le lieu même dans le meilleur état qu’il leur seroit pos-sible , afin qu’en aggrandistant la ville & en augmentant le nombre de leursSujets, ils pussent tout d’un coup augmenter leurs revenus, & les rendreplus certains. La Compagnie Danoise s’étant adressée, pourl’exécutiondece plan, au Roi Frédéric IV. Prince également recommandable par fa pié-té smcere & par sa clémence & fa sagesse, ce Monarque s'informa exacte-ment de l’état de la Religion, qui à son avis auroit dû être un des princi-paux objets de la Colonie, & ayant reçu là-dessus un exposé très-peu satis-faisant, il prit la résolution d’y envoyer des Millionnaires: dessein austi di-gne d’un Prince Chrétien, que d’un grand Politique (a) (*). II s’adreslà
au
(") Hamìlton , Vol. I. p. 552.
(*) Le désir de propager la Religion Chrétienne est naturel à tout Prince qui est sin-cèrement persuadé de sa vérité , & c’est à ce principe qu’on doit en grande partie attri-buer ia propagation de i’Evangile, On peut juger des avantages qui en résultent encomparant l’Europe avec les autres parties de notre Globe, & en considérant I’état oùé-toient les habitans, sur-tout ceux des Fays Septentrionaux, avant leur conversion, &celui où ils se trouvent à-préfent. Ainsi le zele pour 1 ’Etablissement de f Evangile,comme système de bonheur, dans les parties les plus éloignées du Monde est égale-ment une preuve signalée de charité & de vraye piété, & l’expérience nous fait voirqu’ìl a plus d’efficace, & qu’il produit de plus grands effets que ni la politique humaine,ni la force des armes. Un Prince Chrétien , qui désiré de former un Etablissement dansdes Pays auQî éloignés que les Indes, ne peut jamais fonder Pespérance de réussir surun fondement plus solide & plus raisonnable, que la conversion des Naturels au Christia-nisme, parce qúe c’est le seul moyen de lui assurer d’une façon particulière la protectionde ia Providence, sans laquelle'toutes les espérances de prospérité sont vaines Des ter-res acquises par achat ou par les armes ne font d’aucune utilité fans bnbitans, & de pen-ser à en envoyer un nombre suffisant si loin, c’est risquer de dépeupler son Pays pourtenter d’établir des Colonies au dehors. Mais convertir les Naturels e’est acquérir leurscorps, en même tems que l’on fauve leurs âmes; tout homme qui devient bon Chrétienest naturellement bon Sujet, & dans les Indes plus qu ailleurs, parce que les Naturelsont des principes de morale, & que par l’éducation ils font formés a des habitudes de ver-tu. Pour juger saint ment des avantages qu’on peut retirer de cette méthode, nous n’a-vons qu’â faire réflexitìn fur ceux que les Espagnols tireroient de leurs Vastes Etats enAmérique, si ces dix millions d’hommes, qu’on assure qu’iìs y avoient fait périr dan s le
Q 3 tems
Sectiox
IV.
Mijjton deIran que-bar &c.
Le RoiFrédéricIV. envo-yé des Mis-sionnairesDanois àTranque*bar.