DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. IX. IJ5
Ce Mémoire étoit très-bien dressé par rapport au but que l’on se propo- Sectionsoit, de ranimer les espérances de la Nation, en rejettant le peu de suc- H.cès des Compagnies précédentes fur le manque de fonds ou de conduite ;on y relevois aussi fort adroitement l’importance de Madagascar, sans-dou- jc'r.df*te un peu aux dépens de la vérité, pour que les gens ne fussent pas décou- Richelieuragés de ce qu’on en revenoít à un projet qui avoit si souvent échoué , & & M.qu’ils pussent se flatter de l’efpérance de voir tout le plan bientôt exécuté, CoIbert -puisque la France étoit encore maîtresse dune Place de si grande impor- p lQnc fJtance. C’est lur ces fondemens qu’on établit la derniere Compagnie des de ce Mi-Indes Orientales, qui subsiste encore en quelque façon, qui fut érigée par moire, quiun Arrêt très-ample & très-bien digéré, par lequel tout étoit réglé dans la f™* limmeilleure forme, & présenté de la façon la plus avantageuse: cet Arrêt é- Immênttoit daté du mois d’Août 1664, & fut enregistré au Parlement; il étoit trine nou-en quarante-sept articles, & fixoit à mille livres les /] Etions (c’est la pre- velle CW ■miere fois que ce mot fut employé), réservant à la Compagnie de faire un P a s» ie deinouvel appel aux intéressés, qui ne pourroit aller au-delà de cinq-cens Ji- Indes *vres pour chaque Action (a). Tous les avantages promis aux François &aux Etrangers leur furent accordés, & l’on n’oublia rien de ce qui pou-voit entretenir la bonne opinion qu’on avoit des intentions-favorables dcla Cour pour cette nouvelle Compagnie ; on croyoit qu’après tant de ten-tatives inutiles, le succès qu’elle auroit, feroit honneur au régné du Roi,
L à l’administration de M. CoIbert: auffi ce Ministre, qui avoit formé sihabilement le projet du Commerce (b), le soutint constamment, & en eutun soin extraordinaire jusqu’à la fin de sa vie (*).
Dans
(a) Hìst. de la Compagnie des Indes, ( 2 ) La Vie de Jean Baptiste CoIbert, p,
p. 177-190. 3 S. 37 -
(*) Le plan de ce grand Ministre étoit de s’élever lui & fa famille par la faveur duRoi son Maître; mais pour y réussir il falloit mettre ce Prince en état de lever de gros-ses sommes fur ses peuples. M. CoIbert favoit fort bien qu’il étoit impossible de tirerbeaucoup d’argent d’une Nation qui étoit généralement pauvre; & que de charger detaxes réitérées-un peuple même médiocrement riche, étoit aufli désavantageux au Souve-rain que dangereux pour un Ministre. Cependant, comme personne n’entendoit mieuxque lui les Finances, il hazarda quelques démarches hardies pour remplir les coffres deson Maître; mais il fe contenta d’attaquer les gens qui pilloient le Public, desorte que legros de la Nation en fut d’autant moins choqué (r). II conseilla ensuite au Roi d’eroployerune partie des sommes quiétoient entrées de cette façon, à encourager l’industrie, les Ma-nufactures & la Navigation , pour mettre ses compatriotes plus à leur aise, & pour four-nir au Roi le moyen de charger davantage ses Sujets, fans les réduire absolument à l’indi-gence ; ce fut sur ce principe qu’il établit des Compagnies des Indes Orientales & Occi-dentales , & diverses Manufactures , & forma le plan d une Marine Royale (2). Oaa dit qu’il avoit trop embrassé; mais ce qui nous engage à parler ici de ses entrepri-ces, c’est pour faire voir combien cet habile homme jugeoit que tout cela étoit lié en-semble, & L’espérance qu’il avoit, si l’on y tenoit la main, que i’un soutiendroit l’autre.
Ses idées & fa conduite étoient certainement justes, autant que son influence directe s’é-tendoit ; car par son habileté & par ses soins il établit des Manufactures & fonda uneMarine, contre l’avis de plusieurs, & contre l’attente de tous : s’il eut moins de bonheur
dans
fi) Vie de J. B. Cslhrtì k- 24,:;. (2) Présent State of Europe, p, 2fi,
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