BAJAZET, QUATRIEME SULTAN. mPrinces d’Occident, il tourna toutes ses forces contre la Thrace; il prit un 1394.
Château fur les bords du Pont-Euxin, à soixante milles de Constantinople; —. -
& pour ôter aux Européens toute communication avec f Asie, il bâtit uneville extrêmement forte à l’opposite dans. un endroit appelle Bógaz Kesen,qu’il nomma Guzel hijsar (* * * (§) ) ou le beau Château. La même année il vintcamper fans opposition avec une grande armée fous les murs mêmes de Con-stantinople. Tout étoit prêt pour donner l’assaut, lorsque le Grand-Visirtâcha d’en dissuader le Sultan, en lui représentant qu’on avoit à craindreUne révolte duns les Pays nouvellement conquis, qui n’étoient pas encore ac-coutumés à ses Loix, & que cela pourroit allarmer les Princes Chrétiens, &les obliger à former une Ligue contre lui ; que bien-qu’il ne désespérât pointd’emporter la ville, il confeilloit par ces raisons de différer le siégé, depeur qu’en voulant trop gagner on ne perdît tout, & d’envoyer des Am-bassadeurs à IJîambol Tekkuri (f), comptant que ne pouvant fe flatterde défendre la ville, il fe foumettroit à toutes les conditions qu’on vou-droit lui imposer..
Bajazet fe rendant à lavis de son Visir, envoya des Ambassadeurs à Pa L’Empe-léologue (|) avec une Lettre, par laquelle il fe fommoit de lui remettre la reur s e .ville, lui représentant qu’il avoit subjugué le reste de ses Etats, & que horsdes murs de Constantinople il ne lui restoit rien. Les Ambassadeurs avoientbailleurs des Instructions particulières; ils dévoient, en cas qu’ils vissentles Grecs déterminés à fe défendre, conclure la paix, fous promesse d’untribut annuel. Cet expédient réussit : on conclut une Treve de dix ans auxconditions suivantes : que Paléologue payeroit annuellement un tribut de dix-mille Filuri Alt un (§) : qu’il feroit permis aux Othomans de bâtir dans Con-stantinople un Jami (**) & un Mckkieme (ff) : qu’ils y auroient aussi un Cadipour décider les causes des Mahométans, niais que si un Chrétien avoit quel-que démêlé avec un Mahométan, ce feroit le Patriarche qui en décideroit.
Le même ordre devoit s’obferver à Andrinople Ça).
Tel est le récit des Historiens Turcs touchant les affaires des Grecs, vo- Récit de%
yons Historiens
(a) Cantimir , T. I. p. 136-148. Grecs,
(*) On l’appelle aujourd’hui Bogozghiechìd ou passage du Détroit, entre la Baye de laPropontide & les Montagnes de Nicée, qu’on nomme hmid daglari. C’est le grandChantier de Constantinople, qui fournit la charpente & les principaux matériauxpour les Vaisseaux. Cantimir.
(f) Istmnhol semble venir par corruption de Constantinople. Les L’avans d’entre lesTurcs, & l’Empereur mêtne dans ses.Ordonnances écrivent Conjlantarnyeh. Tckhtr signifieGouverneur; on dit aussi quelquefois Kaifar, c’eít-á-dire Cé/ar. Telle étoit i’insoleneedes Turcs de ne donner à l’Empereur que le titre de Gouverneur de Constantinople, quoi-qu’il ne lui restât rien hors des murs de la ville.
(T C'étoit Manuel - qui commença a regner en 1384»
(§) C’est par-làqu’on désigne en particulier les Rujps des Turcs, qui font les écus d’orde Venise, & valent trois-cens afpres. Cantimir.
(**) Le Jami de Datai Pacha fut bâti alors. Cantimir.
(ft) C’est la Sale d’audience où les causes fe plaident & fe décident. On volt âConstantinople plus de vingt de ces Mekkianei , dont la principale est celle de Mah-tiiud Pacha. Cantimir.
Tome FUI. I i i