462 IIIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. Liv. XV1 IÍ. Chap. VII.
1422. Je nom de Mujîapha fils de Bajazet. II se tint quelque tems aux environs~ de TheíTalonique, & bientôt le nom qu’il prit attira non seulement les peu-
ples Ornais les soldats de 1 Europe & la plupart des Officiers, auxquels ilpersuada qu’il étoit le véritable Mujîapha. Ayant assuré à son parti pres-que-toute la Romélie, il forma une puissante armée, à la tête de laquelle ilpassa en Asie par la connivence de l’Empereur Grec (*), & marcha versPruse, q'-ii étoit alors le siégé de l’Empire Othoman.
Autre Jmuraihp voulant étouffer le mal dès fa naissance, envoya en Asie BajazetMufla- son Grand-Visir, avec un Corps de Troupes d’élite. Mujîapha vint à fapba. rencontre, lui livra bataille, le tua, & mit son armée en déroute. En cetems-là vivoitun certain Seid Bekhar, qui passoit pour un saint parmi lesTurcs, & ils croyoient que Dieu ne lui refusoit rien de ce qu’il lui deman-doit par ses prières. Amitrath l’alla trouver, & le pria d’obtenir par fa mé-diation la bénédiction de Dieu fur ses armes. Le saint l’ayant obtenue parl’interceffion du Prophète (f), ceignit le Sultan d’une épee & lui dit : Mar-chez , Jugujie Empereur, avec ajsurance , la victoire suit vos pas.
11 est mis Amuratli plein de confiance marche à grandes journées contre le fauxà mort. Mujîapha, qui assembla ses forces près de la ville á'Ulubad (j), dont il fitrompre le pont, & se prépara à recevoir le Sultan avec un courage intré-pide. Le Sultan campa de l’autre côté de la Rivière, attendant leffet despromesses du Ciel, & peut-être pour laisser rallentir par çe délai le premier
feu
récit des Grecs, que c’étoit le même personnage qui avoit paru fous le régné de Maho-met , qui dans le Traité qu’il fit avec l’Empereur semble i'avoir considéré comme son vé-ritable frere. 11 y a plus, Cumimir lui-même avoue p. 277. que les Turcs conviennent,que tous ceux qui avoient approché du prétendu Mustapha & ses Gardes mêmes disoientqu’il ressembloit parfaitement au véritable. L’Empereur n’avoit pas besoin non plus,comme Cantimir le croit, d’appuyer un Prétendant, puisque l’Empire s’étoit sort aggran-di, & qu’il étoit lui-même en réputation , depuis la mort de Bajazet , au tems duquelses Etats ne s’étendoient pas au - delà des murs de Constantinople. D’ailleurs il y auroiteu de la bassesse & bien peu de politique à lui d’épouscr les intérêts d’uu imposteur con-tre Mahomet son bienfaiteur.
(*) Cantimir dit qu’il croiroit volontiers que ce fut une calomnie inventée par lesTurcs, pour avoir un prétexte de faire la guerre aux Grecs, fi thranza L. I. Cli. 3s»&40. ne disoit que ce Mustapha fut attiré du Péloponèse (la Morée) à Gallipoli par Jean1 ‘aléologuc , qui le ïeconnut pour Souverain des parties occidentales de l’Empire Othoman,malgré les remontrances A'Amurath, qui conjuroit les Grecs de ne le point soutenir. Can-timir. Dtteas dit la même chose.
(f) Les Turcs racontent que Seid Bekhar sot ravi au Ciel en extase, & eut le bonheurd’approcher du pur & immaculé esprit de Mahomet, & qu’ayant baisé par trois fois lapoussière de ses pieds , il le supplia, autant de sois humblement d’obtenir de Dieu pourAmurath la victoire fur ses ennemis ; enfin Mahomet lui répondit : Dieu a exaucé parmon intencjjton la prière d'Mn urath, dis-lui\que ìa putjjance divine l'ajjistera & le rendraviâorieux. Çe ridicule conte, qui auroit déshonoré le texte de l’Histoire, mérite une pla-ce dans les Motes, pour faire voir à quels excès la superstition est capable de porter lesgrands comme les Petits. Le Piince Cantimir obíuve à cette occasion, que les Turcstiennent que les morts n’ont aucun rapport avec les vivans ; en quoi, dit-il, ils ont étécopiés par nos Hérétiques modernes, qui ont sucé le poison de leur opinion ; cepen-dant ils exceptent l’ame de Mahomet , qui est attentive à porter au trône de Dieu soSprières des hommes.
(j) Ou Loupadm , à environ trente milles au Sud-Quësl de Pruse,