HS 3 -
Section
I.
Jusqu à lafrise deConstan-tinople.
Brechefaite à lamitraille.
m HÍST. DE L’EMPIRE OTIIOMAN. Liv. XVI& Chap . VIII.à la proue, & un autre à la poupe qui tenoit en main lë gouvernail, un au-tre agitoit les voiles, & un quatrième battoit le tambour & chantoit unechanson marine. C’eíl ainsi qu’ils traînèrent leur Flotte comme à travers destorrens (*), passant fur les collines comme fur les flots.
Le Prince Cantimir observe feulemenr au sujet de ce surprenant exploit,qu’outre les machines inouies jusqu’alors, que le Sultan mit en œuvre, rienn’approcha du travail prodigieux avec lequel il fit rouler par un terreisttantôt haut tantôt bas des Vaisseaux du côté du Nord dans le Port in-térieur (f), ce qui fut cause de la prise de la ville , les Troupes de lamarine s’étant fait jour au travers de la Porte de Phenar (1 ), qui regar-de le plus bas port (a).
On amena en même tems proche de la porte de St. Romain le monstrueuxcanon dont nous avons parlé. Le Canonnier avoit deux pierres, lune fortgrosse, &l’autre plus petite; il tiroit la petite la premiere pour voir s’il a*voit bien visé, & ensuite la seconde. II y avoit de ces canons qui aprèsavoir jetté des pierres se cassaient comme un verre, à moins qu’on ne lescouvrît d’abord dune laine fort épaisse ; & même ils crevoient malgré celaaprès avoir tiré trois fois, ce qui venoit de la froideur de l’air, qui péné-trait les pores. Mais cet homme-ci empêchoit son canon de crever, en yversant de l’huile quand il avoit tiré. Comme le Canonnier après avoir ti-ré un coup se disposoit à en tirer un second au même endroit, l’Ambassa-deur de Jean Huniade (§) qui étoit présent se mit à rire, & lui dit, fl vousvoulez abattre bientôt la muraille, changez votre batterie, & tirez à cinqou six toises de fendrait où vous venez de tirer, ensuite tirez à un autreendroit qui avec les deux autres fasse comme un triangle (**), & vous verrez
que
(s) Cantimir , T. II. p. 7.
en eurent coulé deux à fonds, & à la faveur de leur artillerie ceux-ci vinrent mouiller aupied des murailles, & firent un pont de bois, dont on trouve la description plus bas. Chai •condyle. L. VIII. Ch. 3-
(*) Duc m regarde cet exploit de ce jeune Alexandre , ainfi qu’il l’appelle, comme fort au-dessus de ce que fit Xtrxès en faisant construire un pont sur l’Hellespont.
(f) Qui s’étend jufqu’au Palais des Blaquernes. Les Vaisseaux furent transportés par ter-re l’efpace de plusieurs milles depuis le village de Bahiktaih jufqu’au Galata; là ils furentlancés dans l’endroít du Port qu’on nomme à-préfent Kafim Hacha, Cantimir.
(f) Ou plus communément biner-, c’eít l'endroit où les plus nobles & les plus richesGrecs demeurent. Cantimir.
(§) Le Roi de Hongrie ayant été élu Empereur cette année-là, il ôta l’administrationdes affaires à Hunniade , & prit lui-même le gouvernement en main. Hunniade n’étantplusle maître de tenir la treve qu’il avoit faite pour trois ans avec Mahomet, lui fit redemanderl’écrit qu’il lui avoit donné , en lui renvoyant le sien. C’étoit-là le sujet de i’Ambassade.On raconte qu’un vieillard avoit prédit á Hunniade que les Chrétiens n’auroient jamaisde bonheur- que lorsque Constantinople feroit prise, deforte que ce Général desiroit devoir cette prophétie accomplie ; 6 i Ducas avoit ouï dire que c’étoit la raison qui avoitengagé l’Ainbalfadeur â donner au Canonnier un avis, qu’un Chrétien n’auroit jamais bâlui donner. On dit qu’on fe servit de la même méthode au siégé de Croye en l47ppoufabattre les murailles.
(**) H semble suivant ce récit, qu’on ait battu la muraille en trois endroits successive-ment, en changeant le canon de place; mais Chakondyíe dit que le mur extérieur é-toit battu en trois endroits par trois canons, l’qn planté vis-à-vis du Palais Royal,
l’au.