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pagne, maltraita fort les ennemis. Cependant les Turcs trouvèrent unesucTiowcourageuse résistance aux barricades , & après un combat plus sanglant n.qu’on ne peut se l’imaginer, les Turcs qui se pressoient les uns les autres, Conquêtelomboient par monceaux dans les fosses couvertes, & se tuoient furies pieux *^’Egyp-pointus que l’ennemi y avoit plantés. Les femmes & les enfans mêmes prirent 1 * ..part au combat, & faifoient pleuvoir du haut des maisons fur les Turcs despierres, de seau bouillante, & tout ce qui leur tomboit fous la main. D’au-tre part, plusieurs Egyptiens, à qui les Mamlucs & les Turcs étoient éga-lement odieux, attaquoient tantôt les uns, tantôt les autres, selon qu’ilsvoyoient de quel côté étoit f avantage. En un mot le sang ruiíîèloit si abon-damment dans les rues, que la pouíìiere,qui avoit d’abord été fort épaisse,
fut bientôt abattue.
Le combat avoit déja duré deux jours & deux nuits, & les Mamlucs,fa- Horribleligués & en petit nombre, commencerent à reculer; mais le troisième boucherie.jour, fe voyant réduits aux dernieres extrémités, ils recommencèrent lecombat avec tant de furie (*), qu’ils firent reculer les Turcs un assez longespace, & s’emparerent de quelques-unes de leurs pieces de campagne , qu’ilstournèrent avec succès contre eux. On dit que Selim, désespérant alors dela victoire,& ayant vu Tamis Pacha assommé d’une pierre qu’on jetta dunefenêtre, commanda qu’on mît le feu aux maisons (f) ; desorte que tandisque les Egyptiens demandoient grâce du milieu des flammes, les Turcs necombattoient que mollement, attendant qu’on sonnât la retraite. Pendantque les choses étoient dans cet état d’un côté de la ville, Mustapha avoit def autre côté non seulement chassé les ennemis, mais-s’étoit rendu maître degrand nombre de chevaux tous sellés, que les Mamlucs a voient laissés dansun endroit spacieux, dans le dessein de s’en servir pour se fauves, s’ils étoientobligés de prendre la fuite ; la nouvelle de cet avantage fit reprendrecourage aux Turcs, & découragea tellement les Mamlucs, qu’ils tournè-rent le dos, & abandonnèrent le Caire à Selim , qui commanda d’abord d’é-teindre le feu (a).
Le Cadilefquer nous apprend, qu’après qu’on eut éteint le feu , comme Tumanon l’a vu dans une des Notes, les Circaífiens recommencèrent le'combat de Beyfe/hu-maniere, que les fléchés pleuvoient. 11 dura avec la même furie tout le ve -jour,desorte que les rues étoient inondées de sang. La nuit étant survenue,les Circaffiens, qui étoient fatigués & foibles, fe retirerent dans une Mos-quée, où ils se défendirent vaillamment comme dans un Fort durant troisjours &■ trois nuits. A la fin les T ures s’en rendirent maîtres. Tuman Bey
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(«) Levncttïvm & Rìcaut, ubi supra.
(*) Le Cadilefquer dit qu’ils nepenfoient qu’à mourir les armes à la main «parcequ’ilsregardoient comme une honte de fuir. & d’abandonner leurs biens aúx Turcs.
ft) Le même Historien dit que Selim, voyant qu’il ne pouvoit rompre les Circassiens,commanda de mettre le feu aux maisons, ce que les Janiífaires firent en divers endroits,’mais que les Mamlucs en étant venus aux cris & aux supplications, le Sultan par pitiéfit éteindre le sc u : j> ajoute que ce fut un miracle que la ville ne fut pas toute con-sumée par les flammes, & que les ennemis recommencèrent le combat avec une noa-velie force.
Tome VIII.
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