SELIM I NEUVIEME SULTAN. 589lui rendre Justice. Seìim, quand on lui amena ce Prince, respecta en lui sa Sectionbravoure,& ne put s’empécher de lui donner la liberté ,& de le faire man- U-ger à fa table. Ainsi Turnan Bey fut ,redevable á fa vertu des égards qu’eutpour lui un fier vainqueur, & pendant quelque tems il conversa avec Se - £syp '
lìm tant en public qu’en particulier ; il l’informoit de l’état des affaires du « - j
Royaume, & Finstraifoit des Loix, du génie & des mœurs des habitans.
Mais bientôt ce Prince infortuné éprouva cruellement le malheur de ceuxqui font devenus le jouet de la fortune. Seìùn, plein d admiration pour lesvertus héroïques de Tuman Bey , étoit frappé 3 la vue d’un Prince douéd’un cœur noble, dune rare prudence, & dune gravité décente. U luiparoissoit y avoir de l’indignité de penser à le faire mourir, ìfsongea à ré-tablir Gouverneur du Royaume, d’Egypte (*) , & à s’en faire un ami. LePublic en murmura. On dit, quêtant revêtu dune si grande autorité, Tu-man Bey feroit bientôt le maître, après le départ de Se H m , de relever lapuissance des Çìrcaffiens, & à Laide des Arabes de chasser les Garnisons Tur-ques. D’abord Seìim ne tine aucun compte de ces discours, & les rc gar-da comme des traits qui venoient d’ennemis. Mais quand il vit que lesplaintes augmentoient il résolut de couper la racine du mal, lâchantqu 'BU Beg fils de Sheìkh Suvar avoit fur le cœur la mort de son pere , queles Circaffiens avoient inhumainement étranglé, & il chargea daller pendreTuman Bey à la porte du Caire , nommée Zavìl (f), en disant, j'aijuffi-samnent prouvé jusqu où jo sai pousser la, clémence , mais puisque le peuple par ma-lice ou par inclination pour ce misérable , ne cesse de parler de lui, qu il en por-te la peine. Alìbeg exécuta avec plaisir cette commission le 10 du mois deRabwlawel.
Les Egyptiens furent frappés d’horreur à ce spectacle ; mais ce fut pour eux L T gypseune joye sécrété ;& 1 on vit ce peuple qui avoit longtems tenu cachée la haine se soumet.qu’il portoit à la domination tyrannique des ; Cireaslìens, courir en foulevers Se lìm , & lui promettre une éternelle fidélité. Le Sultan accorda uneamnistie générale,à condition que l’on ne cacheroitaucun Circaffien. Aussi-tôt que cette déclaration fut publiée, le peuple ami de la nouveauté, en fitune recherche si exacte, qu’ils furent tous amenés chargés de fers & ga-rottés. Seìim fit élever le lendemain fur les bords du Nil hors de la villeun ■ -Trône superbe,& ayant fait amener devant lui tous ces illustres infortunés,au nombre dit-ondeplus de trente-mille , il leur fit couper la tête, & fitJettes leurs corps dans la Riviere (J). Le jour suivant, il fit une entrée triom-phante dans le Caire, & après y avoir resté quelques heures il en sortitavec la même pompe, & alla camper proche des bords du Nil dans unlieu nommé Ruza. Y ayant donné à ses Troupes le tems de se rafraîchir,marcha le 7 de Jemazio'layel vers Iskanderie ou Alexandrie ;les habitans
pré-
(*) Bien-que cela aít précédé la prise de Tuman fìex, on îe met ici artificieusement &avec beaucoup de partialité pour relever la générosité de Seìim; & peut-être pour dimi-nuer ce qu’il y eut de ciuel dant le traitement qu’il ht au Sultan, dont tout le crime con-Jìítoit dans la légitime défense de soi-même.
(t) Peut-être.plutôt Zui!.
(|) Cet Auteur fait paroìtre Seìim beaucoup plus cruel que fous les autres Historiens,
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