SOLIMAN I. DIXIEME SULTAN.
Ayant mis à la voile il traversa la Mer Rouge, & arriva à Aden, ville Sectionforte & Port à 1 ’entrée du Golphe ; il fit venir à son bord le Roi, & après il.lui avoir fait beaucoup de caresses, il le fit pendre avec quatre de ses Cour"tisans à la grande vergue de fa Galere, & s’ernp ara de la ville. De-là il rousseentra dans la Mer des Indes, & le 4 de Septembre 1538, il arriva devant tic DomDiu, place forte des Portugais fur la côte de Cambaye, qu’il attaqua & &c.battit avec de gros canons; mais les Turcs, après s être rendus maîtres - " 'd’un boulevard, furent si vivement repoussés dans toutes les autres attaquesavec beaucoup de perte , qu’il leva le siégé, & se retira avec íà Flotte envoyant paroître celle des Portugais. A son retour par la Mer Rouge, ildescendit à terre & marcha à la ville de Zibid ou Zabid, dont le Roi refu-sa de se rendre auprès de lui. Ce malheureux Prince, hors d’état de se dé-fendre , jugea que le meilleur parti étoit de l’aller trouver, mais à l'on arri-vée Soliman ordonna qu'on lui coupât la tête. Ensuite il aborda à Joddah,qui est le Port de la Mecque, pour faire le pélérinage de cette ville (*), &íl renvoya Hajsan Beg avec la Flotte à Suez (a).
Tandis que les Généraux de Solimn faifoient ces exploits, il se mit lui- Solimanmême à la tête d’une nombreuse armée & entra en Moldavie. On croyois ravage laqu’il y venoit comme ami (f); mais au grand étonnement des’ habitans, il ¥ oIda ‘mit tout le Pays à feu & à sang depuis le Danube jusqu’à Soczawa , Capi- vie 'taie dè la Province, à la vue de laquelle il vint camper, & demanda lepayement du tribut annuel. Les Moldaves, dans la consternation où les jet*ta cet orage imprévu, demanderont humblement la paix, & promirent lepayement du tribut ; la seule grâce qu’ils demanderont, fut que sélectionde leur Prince demeurât aux Etats (f), & qu’il conservât l’autorité Roya-le : Soliman accorda leur requête, confirma le Prince qu’ils avoient choisi (§),
& relâcha les captifs. Le lendemain la Noblesse étant assemblée par sonordre,il leur fit de sanglans reproches, „ de cequ’oubliant les faveurs qu’ils„ avoient reçues de ses prédécesseurs, ils avoient osé braver la puissance„ de l’Empire, & non seulement réduit en cendres la ville de Kili (**), mais
en-
(«) Rìcaut & Hist. Génér. des Voyages, T. I. '
(*) On trouve une ample Relation de cette expédition dans l 'Histoire Génitale des Foya-ges, T. I. où l’on rapporte qu’à son retour Soliman Pacha alla à Constantinople, & que nepouvant s’accorder avec un autre qui aspiroit à son poste, il fut réduit à la nécessité de setuer lui-même.
(f) Les Annales de Moldavie disent que les T« rcs , feignant «Palier en Pologne pourquelque expédition, demande,ent passage aux Moldaves, qu’ensuíte ils tournèrent leursarmes contre eux, & ravagèrent impitoyablement tout leur Pays. Cantimir.
(J) Pendant près d’un siécle les Turcs ont laissé aux Moldaves le choix de leur Princeaprès quoi ils les ont nommés. Ct.ntìmir. - ’
(§) Les Historiens de Moldavie rappellent Etienne le jeune ,.,fì)s naturel de Bogdan.Cantimir.
(**) Voici à quelle occasion cela étoit arrivé. LesTartares deBujak conjointement a-vec quelques’nouvelles Colonies de Turcs, ayant eu un grand démêlé avec les habitans deKiegeczy au sujet de la coupe de certain bois, les derniers chassèrent les Turcs hors desbois; ceux-ci étant revenus à la charge furent mis en fuite & poursuivis jusqu’à Kili, queles autres mirent en feu; c’étoit donc • là une action de particuliers, faite fans le consen.Tome nil. Kkkk te-