DE L’A F R I Q U E. Liv. XX. Chap. IV. 275gnìe. Le lendemain matin on met le corps dans un cercueil en forme decoffre, fait de deux troncs d’arbres creusés qui s’ajustent l’un fur l’autre ;on le porte au lieu de la sépulture, qui s’appelle Amounouque , où on le metdans une fosse profonde de six pieds, fous un édifice de bois, où l’on metdu riz, du tabac, un plat de bois, un petit réchaud pour brûler des parfums,un habillement & une ceinture ; la maison de bois se ferme ensuite, & ony place une pierre de douze ou quinze pieds de haut. On fait après cela unsacrifice de bestiaux, on laisse une partie de la chair pour le mort, pour leDiable & pour Dieu. Au bout de quinze jours, les parens envoyeur par leursEsclaves des provisions au défunt comme s’il vivoit encore, & l’on metautour du monument fur des pieux les têtes des animaux qui ont été immo-lés. De tems en tems les enfans y viennent offrir un bœuf, & demandentconseil au défunt sur ce qui les embarrasse, en criant : Toi, qui es à -présentavec Dieu , donne-nous conseil sur telle ou telle affaire.
Quand quelqu’un tombe malade ou perd s esprit, les plus proches parens Coutumefont appeller FOmbiasse ou Prêtre, pour chercher Feíprit au lieu de la sé- e sffs S } etpulture. II s’y rend la nuit, il fait une ouverture à la maison, sur laquelleil tient un bonnet, évoque Famé du pere, & lui demande Feíprit de son ’
fils ou de fa fille. Aussitôt il ferme bien le bonnet, court tout droit au logisdu malade, dit qu’il tient l’esprit, & met le bonnet fur la tête de celui quiest attaqué, & ces pauvres gens font assez crédules pour attribuer leur gué-rison à ces Imposteurs, à qui ils font d’abord donner un présent.
Quand une personne de distinction vient à mourir loin de chez lui, ilslui coupent la tête pour rapporter dans son pays, & enterrent le corps furles lieux. La même chose se pratique à F égard de ceux qui sont tués à laguerre, mais à la paix ils les déterrent & les transportent dans le tombeaude leurs peres. Ils vénèrent tellement leur mémoire, que leur serment le plusfolemnel est de jurer par Famé de leurs peres.
La plus barbare superstition des Madagafcarins est celle qui les porte à ex-poser leurs enfans, comme on Fa dit plus haut ; c’est la véritable raisonqui fait que cette Iíle, la plus grande & la plus fertile du Monde , est sipeu peuplée.
Ils font obligés d’expofer leurs enfans nouvellement nés, selon qu’il plait Superjh-aux Ombiasses de le décider ; ces imposteurs observent Faspect des Planètes tiom à l’ê.au tems de la naissance de Fenfant, & prononcent à leur gré qu’il est né deífous une constellation malheureuse. La vie ou la mort de ces pauvres petites tr d am 'créatures dépend de ces décisions, & souvent elles font condamnées à perdrela vie avant que d’avoir vu le jour.
Ils ont des mois & des jours malheureux; les mois font Mars ou Rama- Joursnmbhara, & Avril ou Safard ; le huitième jour & la derniere semaine de cha- heureux.que mois font auffi malheureux, de-même que leMécredi & le Vendredi detoutes les Semaines. IIy a même des heures qui sent sujettes à l’insiuen-ce d’un mauvais Vhang , ou d’une Planète maligne. Ensorte que l’on peutdire que la moitié de Tannée devient réellement malheureuse pour ces in-fortunés Insulaires.
La Nature est néanmoins assez puissante pour s’affranchir quelquefois des Enfantpréjugés superstitieux & inhumains de l’éducation, & pour faire éclatter la comment
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