D E L’A F R I Q U E. Liv. XX. Ciìap. IV. 3 ai
Décembre jusqu’au 2.3 Février, les habitans furent tenus dans des allarmescontinuelles par les secousses de la terre, & par les Volcans qui se for-moient en divers endroits de rifle. La malheureuse catastrophe arrivéeen dernier lieu à Lisbonne rend ces relations moins surprenantes , bien-qu’el-les n’en soient pas moins curieuses. C’est ce qui nous a engagés à faire f ex-trait de la Relation rapportée par la Martiniere.
Pour revenir au Pic de Ténériffe, on trouve dans Y Histoire Je la SociétéRoyale une Relation de cette montagne, qui ne peut manquer de faire plai-sir. ' Elle contient le Journal & les .Remarques de quelques Marchands An-glois, qui eurent envie d’examíner cette prodigieuse montagne jusqu’ausommet. Après s’être pourvus de tout ce qui étoic nécessaire pour ce vo*’yage, ils partirent à cheval d’Oratavia, port de mer à f Ouest du Pic. ,, A-„ yant passé plusieurs montagnes stériles , & des plaines sablonneuses , ils„ arrivèrent au pied du Pic, où tout le terrein est rabotteux & plein de grof-„ ses pierres, qui semblent être tombées du haut/ Lorsqu’ils eurent monté„ l’espaced’un mille, ils furent' obligés de laisser leurs chevaux ,& quoique f air,, fût doux pendant le jour , il devint si froid & si pénétrant après le So-„ leil couché, qu’il fallut allumer de grands feux pendant la nuit. De-là,„ c’est-à-dire des rochers noirs qui font à un mille du pied, ils monterent„ jusqu à l’endroit où la montagne prend la figure d’un cône, marchant fur,, un fable blanc, fort incommode pour les yeux à cause de la réflexion des„ rayons du Soleil. Quand ils furent arrivés au sommet du Pic, ils y trou-„ verent le vent très-fort, & une vapeur sulphureufe chaude, qui leur bru-,, loi t le visage, & rendoit la respiration pénible, quoique cette difficulté„ de respirer pût être causée par la raréfaction de fAthmosphere à u-„ ne si grande hauteur. L’endroit où ils étoient pouvoit avoir une verge„ de largeur, & for moi t le bord du Volcan qu’on appelle le Chimiron du„ Diable ; ils jugèrent qu’il pouvoit avoir une portée de mousquet de lar-„ ge & environ quarante verges de profondeur; il a la sonne d’un enton-„ noir, & les bords font couverts de petites pierres détachées, mêlées de„ fable & de fouphre, d’où il sortoit des exhalaisons chaudes & étouffantes.„ Us descendirent environ cinq verges dans ce gouffre, mais trouvant qu’ils,, glissoient ils isolèrent fe hazarder plus loin , quoique l’on prétende que„ d’autres Voyageurs font descendus jusqu’au fond. Us remarqueront au-„ tour de la branche du Volcan un fouphre pur adhérent aux pierres, en„ forme de cristaux comme du sel. Du sommet du Pic ils découvrirent fans,, peine les líìes de Gomere, Palma, la grande Canarie & Ferro, quoique,, cette derniere en soit à plus de vingt lieues : le canal qui les sépare, bien-„ qu’il ait plus de dix lieues de largeur, ne leur paroissoit que comme une,, rivière ordinaire. Quand le Soleil parut, sombre de la montagne sem»„ bloit couvrir non feulement fille de Ténériffe & la Grande Canarie,mais„ toute la mer, jusqu’à l’horizon, où la pointe de sombre paroissoit se re-„ lever dans l’air. Quelquefois, & fur-tout pendant les vents de JYord-„ Ouest, les nuées font suspendues au-dessus du Pic & fenveloppent, ce„ que les habitans regardent comme le prognostic certain de quelque tem-„ pête. U y a fur le sommet plusieurs excellentes sources d’eau ; ” sans-doute que nos Voyageurs veulent parler des autres montagnes j car tous lesTome X. S s Au-