D’A B I S S I N I E. Liv. XX. Ciiap. V. 421
que moins grande peut-être que celle où elle tombe, est fort profonde endivers endroits ; il y a des Crocodiles & des Chevaux marins d’une gros-seur extraordinaire, auffi-bien que des Torpilles, dont nous avons parléplus haut («).
La Ríviere de Zébée n’est pas moins considérable que le Nil; elle prendfa source dans le Pays de Boxa au Royaume de Narea, & coule d’abord versle Couchant, puis tourne au Nord, & environne presque de toutes parts leRoyaume de Gingiro, comme le Nil fait celui de Goiam, prenant ensuiteson cours à l’Est elle coule au-delà de Ken, & se 'décharge, à ce que l’on croit,
. dans la Mer des Indes près de Mombaza (/-).
Le Mareb , autre grande Riviere, a fa source à deux lieues à l’Ouëst deDebaroa, dans le Royaume de Tigre ; de-là coulant vers le Sud à traversles terres sablonneuses des Castes, il va tomber d’un rocher de trente cou-dées de haut, & fe cache sous terre, mais pas fi profondémens que sil’on creuse quelques pieds, comme firent les Portugais quand ils faisoientla guerre en ces Pays-là, on ne trouve de bonne eau & de bon poisson.Un peu plus loin au Sud la riviere reparoît, & fe détournant elle entre dansle fertile Royaume de Dequin, & y distribue toutes ses eaux fécondes ,comme si elle avoit perdu son chemin, & n’avoit point à retourner dansl’Océan (r). On dit que l’Hiver le Mareb, avant que de fe cacher sousterre, prend son cours entre les Provinces de Saroa, d’Assa, d’Harve, &de Tooat, passe au pied du Monastère d’Allélujah, qui n’est pas loin deFremone , & par conséquent de sa source, & va ensuite se perdre dansles Pays sablonneux (d).
Une autre Riviere aussi grande que le Nil c’est FJoaxe, ou Hawash ainsique l’appelle Ludoìph ; il prend fa source entre les Royaumes de Choa auNord, Ogge & Fategar au Sud, & prenant son cours à l’Est il reçoit plu-sieurs grandes rivières, entre autres le Machi qui sort du lac de Zoay dansle Royaume d’Ogge ; grossi par cette jonction, il porte ses eaux rapidesdans le Royaume d’Adel, où il entre à un endroit nommé Jnca Garrele , oùles Jésuites Pereyra & Machado furent décapités par ordre du Roi Mahomé-tan , en haine du Christianisme. Cette belle riviere dédommage richementles habitans de la disette de pluies, qui tombent ici rarement; ils la parta-gent, comme l’on fait, le Nil en un grand nombre de canaux, qui fécondenttout le Pays en arrosant les terres & fertilisant les vallées, ensorte qu’elles.produisent beaucoup de bled, & nourrissent quantité de bétail ; à la fin elleva fe cacher sous terre ainsi que le Mareb (<?), comme si elle croyoit quec’est un tombeau plus honorable que la Mer (*).
Les
Section
V.
CuriositésNaturellesb Artifi-cielles d’ A-biílînie.
La Riviersde Zébéei
Le Marclrt
L’Aoató
(a) Aìnmda , Telles, Lobô, Ludolpli. (c) Telles , Almeyda, Lol/o, Ludolsh.
G) Tellez, Voyag. des Jésuites. L. I. C. 4. {d)Loh T. I. p. 26ç.
Jean dos Santos iEthiop. Orient, L. V. C, 1. (e) Tellez & al. sup. ci t.
C) 11 ne sera pas hors de propos d’avertír le Lecteur que c’est ici la môme riviere qu’ifîiAuteur fabuleux appelle Niger ou Riviere noire, fans autre raison sinon qu’tlle passe parle Pays des Noirs, comme s’il n’y avoit pas d’autres rivières d’Abissmie & des Royaumesvoisins qui en fissent autant, & comme si elles traversoient des Pays habités par desBlancs. Quoiqu’il soit certain qu'il n’y a point de telle riviere en Ethiopie, comme nous
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