4 2 8 HISTOIRE DE L’E M P I R E
Sìïctîûsí Ecrivains que nous avons suivi jusqu’ici, & nous passons à d’autres plusV1 - dignes d’attention.
Couver- Nous avons déja insinué que la Couronne d’Abissinie est héréditaire, &qu’elle doit rester dans la même famille, c’est-à-dire dans celle des descen-tf’Abis- dans de Menihelech leur premier Monarque ; mais la succession n'est pas tel-íìníe îs'c. lement limitée au droit d’aînesse, que l’Empereur ne puisse, s’il le juge à-’lÔcÔÛ propos , passer les aînés, & choisir un plus jeune , qu’il aime davantage ,r onne e ji ou qu’il regarde comme plus digne du Trône, c est ce qui a été souventhéiéditai- Lt lòurce de bien des jalousies & de dissensions'entre les Princes, & sou-re. Prison vent âL longues & sanglantes guerres, & ce qui selon les apparences donnaJuSan^ li £U à la,coutume rigoureuse qu’on suivoit, de confiner tous les Princes duù ‘ Sang fur ìa montagne d’Ambaguexen, dont nous avons fait la descriptionplus haut. On peut voir dans les Remarques ce qu’on dit de l’origine & del’abolition de cette coutume, qui paroît plus singulier que bien clair (*)„Quelle qu’en ait été l’origine,il est certain que tant qu’elle a subsisté, on ti-roir de-là celui qui devoir monter sur le Trône, pour l’investir des marquesde la Royauté. Jusqu’à ce tems-là ceux qui dévoient succéder à l’Ëmoire é-toient gardés fort sévèrement, aussi-bien que les autres Princes, & l’on ne per-mettoit à personne d’approcher d’eux ; & ni message, ni Lettre, ne pouvait
leur
(*) On dit que cette rigoureuse coutume fut introduite l’an 1260. L’Empereur L,hmA m lac légua l’fímpire à ses cinq dis, d’autres disent à neuf, à condition qu iis gouver-neroient alternativement chacun un an, selon leur rang d’anciennt-té. Le plus jeune, nom-mé Free Hecamp, n’eut pas la patience d’attendre que son tour fût venu ; piqué de voirceux de ses freres qui avoient déja régné au leur , assis à une table distinguée , tandis quelui & les autres étoient à une autre, & obligés de passer dans un autre chambre pour se la-ver les mains. pareequ:- la bienséance ne permet pas de le faire en présence de ses supé-rieurs , ce jeune ambitieux forma le projet d’abolir ce Gouvernement annuel, & de s’em-parer de toute l’autorité.
11 ne put exécuter un projet G hardi fans en faire part à un ami, qui trouva quec'étoit un secret dangereux à garder, en forte qu’au lieu de réussir ce -‘rince fur pris aupiege qu’il vouloir tendre aux autres ; car aussitôt que son tour de monter fur le Trôneapprocha, comme il prenoit des mesures pour mettre ses fr-'res dans quelque lieu sûr,tel que Guexen, son confident révéla tout le mystère à celui qui regnoit; il goûta si bienle projet, qu’il en relégua l’Auteur avec tous tes autres freres fous bonne & sûre garde àAmbaguexen, comme dans l’endroit le plus propre à son but Peu de teins après, étantcomme Hérode devenu jaloux de ses propres enfans, il les envoya dans cette même pri-son. Voilà en substance ce que nos Auteurs disent (1) de l’origine de cette coutume déna-turée, qui a duré un peu plus de deux-cens ans.
Voici ce qui a donné occasion à son abolition par Nahod, pere A’Onak iegia-d, le der-nier qu’on ait tiré de cette prison pour le faire Roi. Nahod eut plusieurs enfans, & unjour qu’il jouoit avec un qui pouvoit avoir huit ou neuf ans, & qu’il aimoit beau-coup, un Conseiller qui entra, l’appercevant auprès de son pere, dit au Prince que cetenfant devenoit grand-, l’enfant qui a volt de l’esprit au-delà de son âge, entendit ce que ce-la vouloit dire, & regardant son pere en pleurant, Quoi! ne fuisse c; û que pour être envoyéb An,bu - Guexen ! Le Pere touché de ce reproche résolut d’abolir cette barbare coutume,& fit non seulement serment lui-même, mais obligea tous ses Conseillers & ses Officiers dejurer, que ni ses fils ni ceux d’aucun Empereur ne seroient plus relégués dans cet,endroit.Ce Serment a été si fidèlement gardé depuis, qu’on n’y a plus envoyé de Prince de lapa.mille Royale (2).
(1) TeUtz., ^Umtviia, L tin ,Pei:at, Unlelyh & (r) Lcsmêmes. Voy. sux-tcut LAa T, I, p. 322,
->!< iéji, cit.