HISTOIRE DES HOTTENTOTS. Lit. XX. Chap. VIII. 51
ks Hottentots, pour fonder l’imagination qu’ils font le Peuple le plus heu- Sectiosreux & le plus libre, & les Européens le plus méprisable & le plus malheu- II.reux qu’il y ait fous le Soleil. Etablijje • |
Nous laissons au Lecteur à faire ses réflexions fur leur singulière notionde bonheur, comparé avec celui des Hollandois leurs Maîtres ; il feroit plus ^ois augrand encore si ce que Tacharà & d’autres rapportent étoit vrai, qu’ils ne Cap &e.■croient point d’autre Vie. Mais comme nous avons fait voir que c’est une Merreur, nous nous flattons qu’il feroit inutile de dire laquelle des deux Na-tions agit de la maniéré la plus conforme à cette persuasion. Mais nous nepouvons nous dispenser d’indiquer des traits de vertu qui indiquent suffisam-ment la créance d’une Vie avenir, comme les vices opposés marquent lecontraire. Les Hottentots font d’une si grande fidélité que les Hollandois leslaissent entrer librement dans leurs maisons, fans crainte d’être volés. Us fontbienfaifans & fecourables, & n’ont presque rien à eux: quand on leur donnequelque chose, si elle fe peut partager, ils en font part au premier de leurscompagnons qu’ils rencontrent, ils les cherchent même à ce dessein, & fe ré-servent ordinairement la moindre partie de ce qu’ils ont ; quand on les a obli-gés extraordinaiment, ils font éclater les fentimens de leur reconnoissance entoute occasion, pendant toute leur vie. Ce portrait est bien différent de celuique les Ecrivains Hollandois en ont fait fils les ont généralement &très-injuf-tement confondus avec les Castes féroces & barbares dont nous avons parlé „vraisemblablement dans la vue de pallier le traitement qu’ils leur font, &
Ja tyrannie qu’ils exercent fur eux.
Nous terminerons ce Chapitre, en donnant en peu de mots une idée des-dépenses que la Compagnie fait pour cet important Etablissement, & des re-venus qu’elle en tire.
11 en a coûté des sommes immenses à la Compagnie pour mettre cet Eta-blissement, le plus florissant qu’il y ait en Astique, fur le pied où il est au-jourd’huis pendant les vingt premieres années il lui en a coûté au moins unmillion de florins par an; & les dépenses annuelles du Gouvernement mon-tent aujourd’hui à environ quatre-cens-mille florins. Les revenus qu’elleen tire, font d’abord un dixieme du produit de toutes les terres que lesEuropéens possèdent au Cap, outre cela les rentes foncières, les droits furles vins, les bieres tant du Pays que fur celles qui viennent de dehors, furle tabac, fur les eaux distillées, fur la biere de Brunswick, dont on débi-te beaucoup au Cap. On compte que le revenu du dixieme & des rentes fon-cières donne par an quatorze-mille florins. Tous les impôts font affermésà sept-mille. Outre cela la Compagnie débite au Cap près de trois-cens-milleflorins de marchandises, qui à soixante - quinze pour cent de profit donnentdeux-cens-vingt-cinq-mille florins.
A peine ce qu’elle tire du Cap fupplée-t-il donc à ce qu’elle y dépense.
Mais comme la Colonie augmente tous les jours, & qu’on défriche conti-nuellement de nouvelles terres, cet Etablissement ne peut que devenir très*avantageux avec le tems.
La Compagnie a dans la ville du Cap de grandes & de belles Ecuries, quipeuvent contenir très-commodément plusieurs centaines de chevaux. Entout tems on y entretient pour le service de la Compagnie & pour l’usage duGouverneur un grand nombre de beaux chevaux Persans <$i autres. II a un
G 2 train