io(5 HISTOIRE DES PAYS DE LA COTE
SacTrouII.
Nombre,Génie,Coutumes&c. desHabitantdu Congo&c.
Comme ces pauvres malheureux font en très-grand nombre,& qu’iîsfontfore répandus dans les parties orientales du Royaume, ils font auíE divi-sés
de toutes les impostures & de toutes les friponneries’dont ces Charlatans fe servent pouftenir les peuples infatués d ans la plus grande fujettion & dans la crainte, nous nous conten-terons de rapporter les plus frappantes, pratiquées publiquement parmi eux, & par-là onpourra juger du reste.
1. 11s leur font croire fermement, que toutes les calamités qui arrivent, comme les trem»blemens de terre, les inondations, les chaleurs, les sécheresses, les nuages de sables étouf-fans auxquels le Pays est souvent sujet, la peste, la famine & tels autres malheurs, font uneffet de la colere des Dieux , entre lesquels & le peuple ils font les seuls Médiateurs, &en conséquence les seuls Juges qui règlent les sacrifices & les offrandes nécessaires pour dé-sarmer leur colere, & pour faire cesser le châtiment; pour l’ordinaire ces offrandes fonttrès-onéreufes , quelle que soit la mifere du peuple. Quand ces sacrifices ont produit l’ef-fetdeíiré, il faut en offrir d’autres par voie exactions de grâces; si le contraire a lieu, leurinefficace est attribuée ou à leur insuffisance, ou à quelque autre défaut ; de cette façon leblâme retombe toujours fur le peuple, tandis que ces misérables Fourbes ne font pas seu-lement suspects, & ne perdent rien de leur crédit & de leur autorité; ou si cela arrive,Ns ont toutes fortes de moyens artificieux & malins pour pallier leurs fraudes, & pour pu-nir ceux q ; ui les ont découvertes, en les citant devant le Chalone ou Tribunal du Grand-Prêtre, & c’est-là que ces prétendus coupables font infailliblement condamnés à quelquesupplice cruel.
2. Ils n’ont pas moins de fourberies quand il s’agit de calamités particulières : s’il y squelqu’un de malade dans une famille, qu’il souffre quelque douleur vive, ou qu'il éprou-ve quelque autre affliction, il doit commencer par appaiser les Dieux par tel sacrifice quele Ganga, prescrit : s’il est fans effet, & que le patient soit hors d’état d’en offrir un nou-veau, on le condamne à se tenir dans quelque attitude incommode, qu’il ne lui est paspermis de quitter fous quelque prétexte que ce soit; s’il ne peut y rester, ce qui lui estquelquefois impossible, le Dieu tutélaire est mécontent & refuse de le soulager ou de leguérir;s’il est assez robuste & assez résolu pour s’y tenir, & que la cure ne s’ensuivepoint,c’est quelque ennemi qui l’a ensorcelé par un charme, qu’il faut surmonter par un pou-voir supérieur, ou le Prêtre doit découvrir l’ennemi, & l’accuser. devant un certain nom-bre des mêmes Charlatans.
z. II peut fe purger du crime par différentes épreuves-, qui font établies parmi eux;tes unes par le feu, d’autres par Peau, ou par une boisson empoisonnée, qui le tue s’il estcoupable, & ne lui nuit point s’il est innocent. Mais dans tous ces cas, c'est le Gangaqui dirige l’épreuve, & il peut par ses tours depasse-paíîe faire si bien , que le coupable, s’ill’a bien payé, fe tire de toutes les épreuves fans avoir de mal, & pleinement justifié ; 12 n»dis qp’un innocent qui n’a pas pris cette précaution, y succombera & fera déclaré cou-pable. Ce qu’il y a de pis, c’est que ces Scélérats prennent souvent des préfens des deuxparties, & déchargent celui qui a donné le plus, ou qui leur plaît davantage; defortequ’u-ne personne, malgré son innocence & ses préfens, se verra condamnée comme coupable,& le criminel ou le faux. accusateur sortira triomphant d’affaire.
4. Ils ont une infinité de tours & de ruses pour extorquer de l’argent au peuple cré-dule & superstitieux; ils en tirent des uns pour les préserver eux, leurs familles, leursterres & leurs maisons,, des mauvais Esprits, des enebantemens, & d’autres accidens;d’autres,pour les en délivrer; en un mot il n’est aucune de circonstance de la vie, iln’arrive rien dont ils ne tirent du profit, fans s’embaraffer du bon ou du mauvais suc-cès des prétendus secours qu’ils vendent, si cher à ces pauvres gens, leur principal foinsétant de se bien faire payer d’avance.
Mais l’opinion la plus dangereuse & la plus abominable qu’ils inspirent au peuple,c’est qu’il n’y a ni homme ni femme qui meure naturellement , & que leur mort estun effet de la colere des Dieux, qui ont permis que quelque membre mal-intentionnéde la Communauté les ait ensorcelés pour les faire mourir : quand 1 eNgombo, qui pré-tend avoir une : puissiace extraordinaire pour guérir toutes sortes de maladies, a épui-sé sans succès tous fes remèdes &. tous ses charmes fur ie patient ,*51 ne fait pas dií-