OCCIDENTALE D'AFRIQUE. Lrv. XX. ADDITION. 30?me ennemis ,& même de leurs parens & de leurs ertfans, fur-tout si son con-sidéré qu’elle est entraînée à ces excès de cruauté par l’éducation, la coutu-me , & par de fausses idées d’honneur & de courage ; & ce qui est plus en-core par des motifs de crainte, & de la plus terrible des craintes, dont deshommes aussi ignorans soient susceptibles. Ils redoutait les malheurs & lespeines les plus terribles dans ce Monde & dans l'autre, de la part de leursprétendus Dieux, les seuls qu’ils connoissent & qu’ils adorent: leurs Sin-ghilles leur débitent que ce font les esprits de leurs Princes & de leurs Hérosdécédés, toujours altérés de sang humain, & inexorables à moins que leursadorateurs ne les en assouvissent constamment, à cause des tourmens qu’ilsendurent dans l’autre vie, s’il vient à leur manquer. II n’est point de mal-heur qui leur arrive, famine, peste, tremblemens de terre, sécheresses,pertes, maladie ou mort, qu’ils ne regardent comme des effets de la colerede ces Divinités implacables, irritées de leur négligence, & comme des a-vantcoureurs de plus grands maux dans le Monde à venir , s’ils ne les appar-ient promptement par des hécatombes de nouvelles victimes. Les bruits'même le plus ordinaires, causés par le vent & les hurlemens des bêtes fé-roces, font par l’interprétation des scélérats Singhilles les cris que font cesprétendus esprits, pour demander du sang, qui si on ne les fait cesser, se-ront bientôt suivis de quelque malheur. Faut - il donc être surpris qu’uneNation, fascinée par de si tristes préjugés, se précipite avec tant ardeur aucarnage, qu’elle combatte & massacre fans miséricorde & sans remords, ouqu’elle fasse des réjouissances si inhumaines à la fuite d'une expédition heu-reuse , puisque par-là elle s’affranchit de tant de terreurs, & se ménage unesi agréable perspective ; perspective plus belle à proportion qu’ils ont agi a-vec plus d’inhumanité, ou pour parler comme eux, qu’ils ont combattu avecplus de courage & d’intrépidité (a) ?
A tous ces motifs qui les portent à une si excessive inhumanité, ne pour-rions-nous pas ajouter le ressentiment & le désir de vengeance contre desUsurpateurs, qui fous prétexte de Commerce, & ce qui pis est, de Reli-gion , s’étant établis en tant de Provinces si éloignées de leur Pays, n’ontpas fait scrupule, aussitôt qu’ils sont pu, de subjuguer les habitans nulle-ment fur leurs gardes, de les réduire ensuite dans la plus dure servitude,& de les tenir tyranniquement assujettis par les plus horribles cruautés &par leurs violences? Un traitement aussi injuste & cruel n’a-t-il pas pu con-tribuer à les endurcir, ou pour dire mieux à les porter à de plus grandsexcès d’inhumanité ? Mais pour ne pas insister davantage fur un. sujet sidésagréable, les Lecteurs à qui il restera encore des doutes, n’ont qu’à relirece que nous avons rapporté ailleurs des Scythes, des Grecs, & sur-tout desDruides Bretons, qui étoient à d’autres égards si supérieurs aux Negres ducôté des connoissances & de la politesse ; il y verra à quels excès de cruau-té, & à quelles pratiques barbares l’ambition, l’avarice & la superstitionsont capables de porter les hommes & même des Nations entieres ; ensortequ il aura moins de raison de douter, ou de s’étonner des coutumes que
tant
00 Labat, T. II. Ch. 7 & aiib. paífiin.
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