OCCIDENTALE D’AFRIQUE. Ltv. XX. Chap. XIV. , 393
ìes jours consacrés au Fétiche de la maison, le Roi même observe cette Loi Sectioî?de ne rien faire, cependant les Negres d’Árdra se relâchent sur la plupart IV.des choses de la rigueur que les Prêtres exigent. Ils croient que ceux quiont été tués à la guerre & en combattant pour leur patrie, ressuscitent Esclaves?deux jours après sous de nouveaux traits, ce qui fait qu’on ne les recon- Royaumenoîc point. Ici comme à Juida il n’y a point d’autres^ Médecins que les ^’Ardra.Prêtres ; ils font des décoctions de quelques herbes, & sacrifient quelque "animal pour guérir les malades, ensuite ils arrosent le Fétiche du sang dela victime, & jettent ou brûlent la chair. Snelgrave rapporte un trait re-marquable du profond respect qu’on a pour les Prêtres. II observe quec est une Loi inviolable, qu’il en coûte la vie à toutes les personnes qui oc-cupent une maison par où le feu commence, quand il arrive un incen-die. Cette Loi, injuste < 5 c cruelle en elle-même, ne laisse pas d’être uti-tile, parcequ’il arrive moins d’accidens par le feu dans le Royaume d’Ar-dra qu’en d’autres Pays, à cause que la Loi s’exécute à toute rigueur.
Malgré cela lorsque le Palais de Jacquin fut brûlé, on fut très - bienque le feu avoit commencé par la maison du Prêtre , on le soupçonnafortement de l’y avoir mis à dessein, & on n’en fit point de recherche (a).
Comme les Voyageurs n’ont point fait de description circonstanciée des GuerreMœurs, des Loix & du Gouvernement d’Ardra, il faut se contenter destraits détachés qu’ils rapportent. Du tems que Bosman étoit en Guinée,il vint à la Cour d’Ardra un Ambassadeur d’un Roi puissant de l’intérieur duPays, pour lui dire de la part de son Maître que plusieurs de ses sujets é-toient venus se plaindre du gouvernement tyrannique d’Ardra, qu’il lui con-seilloit de mettre ordre à ce que ses Vicerois traitassent ces pauvres gensavec plus de douceur, ou qu’autrement il seroit obligé , quoique contre sonhumeur, de venir à leur secours & de les prendre sous fa protection. LeRoi d’Ardra reçut cette déclaration avec indignation, & fit massacrerl’Ambassadeur. Le Monarque qui l’avoit envoyé en fut si offensé, qu’ilfit entrer une armée, que ceux de Juida faisoient monter à un milliond’hommes, dans le Royaume d’Ardra, qui porta la terreur & la désolationpar-tout, & dévasta tout le Pays ; étrange maniéré de protéger les oppri-més ! Après cette expédition le Général s’en retourna avec ses troupes. LeRoi son Maître fut très-mécontent de fa retraite, & le fit pendre, parce-qu’il ne lui avoit point amené le Roi d’Ardra, félons ordre qu’il lui en avoitdonné, car c’étoit à lui que ce Prince en vouloit & non à ses sujets. Ce peu-ple jetta une si grande terreur parmi les Negres des environs, qu’ils ne pou-voient sentendre seulement nommer sans frémir, ce qui les obligeoit à enconter mille choses inouies, entre autres qu’il avoit coutume de couper lesparties honteuses à ceux qu’il avoient tués & de les emporter ( b ). II y abeaucoup d’apparence, dit Prévost (c ), que cette Nation redoutable est celle desJoe ou Oyeos, qui ont la Mer pour Fétiche national, mais à qui leurs Prê-tres défendent par respect d’en approcher ou de la voir (*).
SEC-
(a) Snelgrtve, Nouv. Relat. &c. p. m. (A) Bosman p. 424, 425.
164- 163 . \c) fíiji. Gén. desRoyag. T. V. p. 477.
(*) Nous avons supprimé id la Relation du Voyage de M. d 'ElUe à Ardra, & deTome &Í. Ddd 1 ’A®-