OCCIDENTALE D’AFRIQUE. Liv. XX. Chap. XIV. 489
de Sud y brisa tous les canots des pêcheurs du village, & les Negres attri- skctiokbuerent ce malheur à quelque omission de la part des pêcheurs envers le Fe- VII.riche. Cet accident étant arrivé un mardi les Negres depuis ce tems-là ont Maladies ,renoncé au travail le même jour de chaque semaine, & le passent à danser ,
& à se divertir dans l’oisiveté. Le Prêtre sacrifie tous les ans fur ce roc une^' de%chèvre, dont il mange lui-même une partie, & jettant le reste dans la mer Negres deavec des invocations & des grimaces fort bizarres, il déclare aux assistans^Càque le Fétiche lui a appris de fa propre bouche, la saison & les jours les plus d Qr ‘favorables à la pêche. Chaque pêcheur lui marque fa reconnoissance par quel-que présent selon ses moyens (a).
Outre ce Fétiche supérieur, chaque Canton a le sien, inférieur à celui duRoc Tabra, mais qui est au-dessus des Fétiches domestiques. Une monta-gne, un arbre, un rocher, un poisson, un oiseau ontl’honneur d’être éle-vés au rang de Divinités Nationales. Un Negre qui auroit tué par accidentun oiseau ou un poisson Fétiche, seroit assez puni par l’atrocité de son ac-tion; mais un Européen qui auroit fait la même chose, verroit fa vie endanger, parcequ’on supposerait qu’il l’a fait à dessein. Fillault vit un deces oiseaux Fétiches à Frédéricsburg, de la grosseur d’un roitelet, avec lebec d’une linotte, le fond du plumage brun, mais tacheté de blanc & denoir (*). Un Européen ayant eu le malheur de tuer un de ces oiseaux, leGouverneur eut bien de la peine à le sauver & à prévenir un soulèvementdes Negres. S’il arrive que cet oiseau sacré vole autour d’une maison, oupar-dessus, c'est un si heureux présage, que tous ceux de la famille s’em-pressent à le venir voir, & à lui apporter dequoi manger; ceux qui le ren-contrent dans leurs voyages, fe croient destinés à quelque bonheur extraor-dinaire, fans que l’expérience puisse les détromper. Ils regardent l’appari-tion de leur Fétiche, comme la marque d’une protection déclarée ; danscette espérance ils fe chargent, en partant, d’un petit pot d’eau, & de quel-ques grains de bled pour la nourriture de l’oifeau divin. On trouve sou-vent dans les Champs & dans les Bois ces marques du respect qu’ils portentau Fétiche national.
Entre les Arbres, le Palmier est toujours au rang des Fétiches, sur-toutl’espece qu’on appelle AJsoanam , parcequ’elle est la plus belle & la plus nom-breuse. On volt par-tout de ces arbres, qui portent des marques de leurconsécration. Chaque Negre qui passe prend quelques morceaux de l’écor-ce, dont il se fait un bracelet ou une ceinture, qu’il regarde comme unmerveilleux préservatif. Ils font persuadés qu’on ne peut couper un Assoa-nam, fans exposer tout le Pays à manquer de fruit, & fans s’exposersoi-même à quelque danger mortel. En 1598 , dix Hollandois furentmassacrés pour avoir coupé quelques arbres Fétiches (f). Rien ri’éga-ie les honneurs qu’ils rendent à ces Fétiches, & la confiance qu’ils ont
en
(a) vltkins 1. c.
(*) Barhot appelle cet oiseau Butor; d’autres le nomment Bull - lird , oh oiseautaureau, parcequ’i! imite le mugissement du taureau
(|) Ce fait est différent de celui que nous avons dit être arrivé A Commendo-: lâ lesHollandois coupèrent les arbres pour braver les Negres, mais ici par ignorance.
Tome XI. Q d d