DE VENISE. Liv. XXIV. Ch. II. 639
continent voisin ; mais que toute l’artillerie, les munitions de guerre, les Sbctio»galères, les Renégats, les Juifs & les Esclaves resteroient au pouvoir desVainqueurs. On trouva dans la place deux-cens trente-six pieces de ca- f
non, dont il y en avoit deux-cens de fonte, & des munitions de guerre puis Un *'& de bouche (a). Barthelemi Contarini , qui étoit à dix - huit milles en 1671 jus.avant, avec quelques vaisseaux, donna avis au Capitaine - Général, que les r an
Turcs étoient partis de Metelin avec vingt vaisseaux & vingt-sept galères: I<5 "‘Zeno se prépara à l’aller joindre.
La jonction faite, on rencontra la Flotte ennemie; à la vue des Véni- La Flotte.tiens, les vaisseaux Turcs ralentirent leur course, & les galères, retour-nerentà Metelin. La force du vent & l’agitation de la mer obligèrent Zeno ^ cà se mettre à couvert sous les iíles de Cenufes. Le lendemain, il sortit &n’étoit qu’à quinze milles des ennemis ; comme le vent étoit tombé leursvaisseaux ne pouvoient manœuvrer. Les galères de Venise prirent les vais-seaux de la flotte à la remorque, & ils ne pouvoient manquer de joindreceux de l’ennemi. Assan Mezzemorto qui les commandoit, se servit de seschaloupes pour les remorquer, cependant au bout de quelques heures Con-tarini avec six vaisseaux joignit leur arriéré - garde. Mais-le Capitaine - Gé-néral ordonna de brouiller les voiles & d’arrêter, fous prétexte que le jourétoit trop avancé pour engager le combat, & qu’il falloit attendre une par-tie de son arriéré - garde. Ici je trouve une grande opposition entre le récitde Gratiani & celui de Garzoni, amplifié & orné par M. l’Abbé Laugier(£). Le premier prétend que les vents contraires empêchèrent d’atteindrel’ennemi, & que Zeno voyant qu’il ne pouvoit avancer, aborda à l’isle deMetelin pour prendre de l’eau. Le second raconte, que le Capitaine - Gé-néral aiant été joint par les bâtimens qui manquoient, tous les Officiers &les équipages demanderent à grands cris qu’on les menât à l’ennemi, &qu’on profitât du calme, qui pouvoit cesser d’un moment à l’autre. Zenodéfendit avec sévérité de se porter en avant, & conduisit la flotte vers lerivage Occidental de l’iíle de Metelin, pour y faire eau.
II n’y a pas moins de contradiction entre les deux Historiens pour la fuite.
Gratiani dit que le vent s’étanc rallenti, les Vénitiens poursuivirent les en-nemis si vivement, que fans la nuit qui survint ils auroient pu les atteindre.
Ils profitèrent de l’obscurité pour se dérober à la vue des Vénitiens. Zenocroyant qu’ils avoient fait voile vers Fofchies, donna ordre de porter de cecôté-là. Cependant les Turcs étoient entrés dans le canal de Smyrne, &quand le jour parut, ils avoient déja gagné la hauteur de Clazomene. ■ Onles apperçut au lever du soleil, & comme on ne doutoit pas qu’ils n’eus-sent dessein de se réfugier dans le port de Smyrne , Zeno les poursuiviepour les atteindre avant qu’ils y entrassent ; mais dans le tems qu’il étoitprêt à les joindre, ils entrerent dans le port. Le Capitaine-Général fitcesser alors la poursuite, & délibéra avec les Commandans de la Flotte, fil’on attaqueroit le port. Les Turcs profiteront de ce tems pour dresser desbatteries fur le rivage, & pour poster leurs vaisseaux de maniéré qu’ils bat-
(0) Gratiani, L. XXII. p. 5P9-594. bre, 1694. P. 600-605.
Garzoni, p. 574 - 584 - Lett. Hist, Decem- (&) Laugier, T. LU. p. 195 & fuir.