.. *72 HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE
Ssct. X. àe leurs semblables commettent de sang froid & par plaisir; & d'autres quiHistoire de font produits par le désespoir chez les malheureux déja aigris par l'inégalitéGênes de- t \ cs biens & des rangs, qu’accable encore le sentiment de leur propre foiblelTè^ âe l'impwfiânce où ils sont de se venger de la tyrannie des premiers. Le-1631. quel est le plus coupable de celui qui commet des atrocités, ou de celui qui for-
>—-- ce en quelque façon son semblable à les commettre ? Venons maintenant au
fait dont-il s’agit, que ces réflexions préliminaires doivent avoir suffisammentannoncé.
Un Plébéien nommé Vachero, jeune homme riche, qui comme tous lesêtres pensant, avoit de l’ambition & de l’orgucil , voyoit avec dépit que saCarnBeride naissance, suite d’un préjugé vulgaire mit obstacle h son élévation & l’empê-Vachero:sa chat de parvenir aux charges principales & dignités de fa patrie (a). D’unehaine po:tr autre côté son ame généreuse & hautaine s’indignoit de voir que les Nobles seNobles. f u {f cnt arrogés le droit exclusif de les occuper & de tenir les rênes du gouver-nement; & en même tems que cette noblesse altière affectât de le mépriser,comme tous les Plébéiens ses semblables, comme s’ils euflènt été une autrerace d’hommes faits pour servir & ramper sous elle qui se croyoit née pourcommander, pour donner des loix à tout ce qui n’étoit pas noble. Vacheroavoit déja reçu quantité de mortifications de la part des Nobles: il étoit ri-che, ils lui empruntoient volontiers son argent, croyant peut-être lui fairetrop de grâce ; mais ils ne montroíent pas le même empressement h le lui ren-dre ; au contraire, même plusieurs d’entre eux avoient eu la noble fierté que iesRoturiers nomment basse fie de lui dénier leurs dettes, ou de lui en refuserabsolument le payement. Ils avoient même eu souvent l’adreffè d’éluder sespoursuites en justice par leur crédit & l’ascendant que leur rang & leur nais-sance leur donnoient fur un vil Plébéien. Vachero quoiqu’homme de néantn’en étoit pas moins fier, moins vif, moins impétueux , moins généreux,moins courageux , moins sensible, & vindicatif; les Nobles s’en mettoientpeu en peine. Vachero étoit indigné des hauteurs insultantes, qu'ii enéprouvoit.
Un nouvel accident vînt encore aigrir fa haine contre eux 6: le porta auxderniers excès. Comme il se promenoir sur une place avec sa femme, quel-ques jeunes Nobles s’approcherent, lui dirent des paroles outrageantes & neménagèrent pas même l'honneur de son épouse. Vachero furieux voulut tireríï est înful- raison de ces propos injurieux; mais ses adversaires, joignant le mépris à fou-ie par quel - trage, s’excuserc-nt de le satisfaire fur ce que l'inégalité de leurs conditions ne^ueí Nobles j cur ^rmettoit pas de mettre l’épée h la main avec un homme comme lui.en tircr*au- l'lMt d’outrages eussent ému la bile de l’homme le plus insensible ou le pluscunesaús- foible. La supériorité conventioneile est un joug que l’homme secoue volon-fa'àmi. tiers ; l’idée de son infériorité qui n’est ni dans la nature, ni dans son cœur,est quelque chose d’accablant pour lui; que sera-ce donc si on l'outrage, sion révolte sa sensibilité en lui portant les derniers coups ? Vachero se retiraoutré, ne roulant dans fa tête que des projets de vengeance. II se plaigniten justice, on se moqua de ses plaintes, que pouvoit il obtenir contre des
No- '
(a) Anecd. Gén. & Corses ann. 162B. Ilist. de Gênes par le Chev. de M. Tom.p,,H2 & suiv. líi. Liv, XIV. p. 137.